Tout est possible à ce qui y croit—Marc 9:23
Parfois certains sportifs ou certaines équipes ne se relèvent pas d’un échec qu’ils ont subi durant toute leur carrière ou un match. On se souvient de la débâcle 7-1 du Brésil face à l’Allemagne à la coupe du monde 2014 au Brésil ou bien Loris Karius qui a fait deux grosses erreurs lors de la finale de Ligue des Champions face au Real Madrid en 2018 et qui a été un traumatisme psychologique pour le joueur.
Et pour d’autres, tant que le coup de sifflet final n’a pas encore retenti, la partie n’est pas encore terminée. La résilience des équipes ou des joueurs réserve des surprises inattendues. On a en image LeBron James avec ses lunettes visées et écouteurs en pleine mission pour ramener le titre à Cleveland en 2016 face au Golden State après avoir été mené 3-1, Klay Thompson qui a vécu deux blessures majeures qui l’ont vu éloigner des parquets pendant près de deux ans et demi, revient aider son équipe à remporter son quatrième titre NBA de sa carrière.
La résilience dans le sport peut être perçue comme la capacité d’un athlète à surmonter un échec, un traumatisme et de s’adapter face à l’adversité et à rebondir après un choc et à se dépasser.
Et il y a bien une équipe qui a totalement pris le mot à la lettre et qui a switché sa mentalité alors que tout le monde pensait que c’était perdu. Cet exemple d’abnégation résonne encore dans les mémoires depuis plus de vingt ans. Voici le récit d’une nuit magique qui a émerveillé le monde du football et forgé la légende du club.
Deux parcours solides
Avant de revenir sur cette soirée légendaire, il est essentiel de revenir sur les deux opposants.
Le Liverpool FC emmené par leur capitaine emblématique, Steven Gerrard, sort d’une saison 2003-2004 assez moyenne. Terminant quatrième dans le championnat anglais, le club doit passer les tours préliminaires pour espérer disputer la prochaine édition de la Ligue des Champions version 2004-2005. Éliminant le club autrichien Grazer AK en le battant 2-0 au match aller et une défaite sans relief (1-0), les Reds se qualifient pour la phase de groupe.
L’AC Milan, l’un des plus grands clubs italiens de l’histoire, n’a pas eu besoin de passer par les tours préliminaires. Champion d’Italie en 2004, le club est qualifié d’office pour la LDC. Déjà victorieux en 2003 face à la Juventus de Del Piero aux tirs au but, le grand Milan coaché par Carlo Ancelotti fait déjà partie des grands favoris dans cette campagne avec son armada impressionnante : l’éternel capitaine Paolo Maldini, le trio Pirlo-Gattuso-Seedorf et le duo d’attaque Shevchenko-Crespo.
Le parcours du combattant
Se retrouvant dans le groupe de l’AS Monaco, finaliste en 2004, L’Olympiakos et le Deportivo Corogne, les Reds terminent à la deuxième place de son groupe à égalité de points avec le club grec mais la différence de buts donne l’avantage au club de la Mersey.
La jeune garde liverpuldienne incarnée par Steven Gerrard et Jamie Carragher passe donc la deuxième phase de la compétition. En huitièmes de finale, ils retrouvent le club allemand, le Bayer Leverkusen. Et Liverpool se qualifie sans aucune difficulté en gagnant les deux matchs (aller et retour) sous le score de 3-1.
Place au quart de finale où l’équipe anglaise affronte la Juventus de Turin de Del Piero. Après une victoire au match aller (2-1), les Reds sécurise sa place pour les demi-finales en faisant un match nul et vierge. Et ils avancent vers le dernier carré contre l’un des favoris, le Chelsea FC.
Le Chelsea FC entraîné par le nouvel entraîneur en vogue, José Mourinho, qui a déjà gagné la coupe aux grandes oreilles avec l’équipe surprise le FC Porto en 2004, est en train de débuter une nouvelle ère et tenter de conquérir non seulement la Premier League tant attendue mais aussi la LDC dans la foulée. Avec une équipe composée de Frank Lampard, Didier Drogba, John Terry et consorts, les Blues partent favoris sur cette rencontre mais Liverpool n’abdique pas face à leurs homologues anglais. Après un match aller terne et sans saveur (0-0), Liverpool arrive à déverrouiller la muraille de Chelsea et inscrit le seul et unique but du match. Fin du match et les Reds se hissent en finale pour la première fois depuis 1985.

La force tranquille
Directement qualifié pour cette édition en étant champion d’Italie, Milan se retrouve dans le même groupe avec le FC Barcelone de Eto’o et Ronaldinho. Sortant premier de ce groupe, ils s’opposent contre Manchester United de Sir Alex Ferguson. Victorieux sur les deux matchs sous le même score de 1-0, le Milan AC avance tranquillement à l’étape suivante.
L’étape suivante est l’Inter Milan. Le derby della madonnina est le derby le plus suivi d’Italie. Les deux clubs ennemis vont se battre pour une place dans le dernier carré et promettent un match haletant. Après une victoire du Milan AC à l’aller (2-0), le retour prend une autre ampleur. Le club milanais mène déjà 1-0 lorsque le gardien brésilien Dida reçoit un fumigène à la 73ème minute. Le match est interrompu pendant de longues minutes et finalement le match est gagné sur tapis vert (3-0). Ils foncent vers les demi-finales où ils vont se confronter face au club hollandais le PSV Eindhoven. Prenant l’avantage en Italie sous une victoire 2-0, le club italien s’est fait une frayeur au retour en s’inclinant 3-1 et passe tout de même grâce à leur but en extérieur (avant que le règle soit supprimée en LDC, le but en extérieur comptait double dans les confrontations aller-retour à partir des huitièmes de finale).

Une finale miraculeuse
Les deux équipes les plus titrées de la compétition après le Real Madrid se retrouvent donc en face-à-face pour la victoire finale. D’un côté Liverpool et ses quatre coupes, qui veulent goûter la victoire européenne, une chose qu’elle n’a pas retrouvé depuis 20 ans et de l’autre côté, le Milan qui veut retrouver son trophée fétiche après celle de 2003. Deux clubs européens légendaires qui se rencontrent pour la première fois en finale de Ligue des Champions, 70 000 spectateurs en transe et l’ambiance est à son paroxysme.
Un sentiment de victoire annoncé…
À peine le match débuté, le Milan prend déjà l’avantage dès la première minute grâce à l’éternel capitaine Paolo Maldini. Liverpool est sonné d’entrée mais rien n’est encore joué. Le match se poursuit, les Reds n’arrivent pas à concrétiser leurs occasions tandis que le milieu milanais contrôle le tempo en toute maîtrise. Et puis arrive le second but milan de manière litigieuse. À la 37ème minute, le défenseur milanais Alessandro Nesta récupère la balle dans la surface du bout du bras et le Milan part en contre, Pirlo envoie le ballon à Shevchenko qui la remet en centre pour Hernan Crespo qui a plus à planter le second but. Les Reds contestent le but pour une main à la surface milanaise au début de l’action et réclament un pénalty mais rien n’est fait et le score est de 2-0. Quelques minutes plus tard, l’AC Milan porte le coup de grâce en mettant le troisième but avec le doublé de l’attaquant argentin Crespo.
3-0. Fin de la première mi-temps. Milan a dominé cette première période et semble se diriger vers la victoire sous ce score clair et net. De l’autre côté, Liverpool n’est pas parvenu à faire jeu égal avec le club milanais, la défaite est irréprochable mais un changement d’état d’esprit va modifier le cours du match.

…Sauf retournement de situation
Personne ne pense que Liverpool va renverser la situation et que le match est déjà joué. Milan a fait le plus dur en menant sur un score large et n’a plus qu’à préserver le score.
Et pourtant, on voit un Liverpool transformé à la sortie des vestiaires. Depuis le coup de sifflet pour la seconde fois, les Reds ne veulent pas abandonner et croient encore à leurs chances. Et qui d’autre que le capitaine anglais Stevie-G qui met le but de l’espoir d’une tête décroisée à la 54è minute. 3-1 pour le Milan qui ne s’affole pas mais qui reste tout de même concentré. Deux minutes plus tard, le milieu tchèque Vladimir Smicer qui diminue le score à 3-2, les Reds y croient encore et ne s’arrêtent pas de sitôt. Liverpool continue de pousser et Milan essaye de résister tant bien que mal et la résistance s’écourte. L’arbitre accorde un pénalty pour Liverpool suite à une faute de Gattuso sur Stevie Gerrard à la surface de réparation. C’est le jeune Xabi Alonso qui se charge du pénalty. D’un premier temps repoussé par le gardien milanais Dida, l’espagnol suit l’action et repousse la balle dans les filets, 3 partout au tableau d’affichage. Liverpool a réussi l’exploit de remonter et d’accrocher au score. Fin du temps réglementaire et place aux prolongations sur cette finale haletante.

Les minutes s’enchaînent et aucune des deux équipes ne parvient à trouver la faille. Les milanais avaient une lueur d’espoir de mener au score avec la tête décroisée de l’attaquant ukrainien mais stoppée par le gardien des Reds Dudek. Place aux pénaltys qui va décider du dénouement de la partie.
Après avoir manqué les deux premiers tirs de la séance, le Milan n’a plus le droit à l’erreur après que les Reds ont réussi leurs deux premiers. Tomason et Kaka redonnent espoir mais Smicer redonne l’avantage. Le dernier espoir repose sur Shevchenko. Le trieur s’élance et Dudek arrête la tentative de l’ukrainien. Fin de la séance et Liverpool jubile et remporte sa cinquième coupe aux grandes oreilles devant un Milan désabusé.
L’une des plus belles des victoires
You’ll never walk alone a bien résonné cette nuit-là. Les supporters n’ont pas abandonné leur équipe et les joueurs se sont transcendés grâce à leurs ferveurs et abnégations.
Appelé “le Miracle d’Istanbul”, cette finale est considérée comme la plus belle finale de l’histoire de la compétition, le déroulement du match avait tout d’un film hollywoodien : suspense, combat et happy end. En remportant cette coupe de façon héroïque, Liverpool a non seulement écrit une nouvelle page dans leur histoire mais aussi démontré que tout est possible même dans l’adversité. Le Milan prend sa revanche deux ans plus tard en s’imposant 2-1 face à cette même équipe en finale en 2007.
Encore dans les mémoires des amateurs ou supporters de football, cette nuit magique a de quoi émerveiller les plus petits et les plus grands et de montrer que rien n’est impossible si on s’en donne les moyens.

