Maradona : le lutin enchanteur

“Si je meurs, je veux naître de nouveau et je veux être footballeur. Je veux être Diego Armando Maradona. Je suis un joueur qui a donné de la joie aux gens, cela me suffit et j’en ai donné beaucoup”—Diego Armando Maradona

Parfois dans le sport, il y a des personnages qu’on n’oublient pas que grâce à ses gestes, ses coups de génie, ses sauts d’humeur, sa personnalité ou son passage dans un club qui a laissé une empreinte indélébile. 

Marquer son sport tout en restant authentique peut être une tâche compliquée. Subir la pression des supporters, satisfaire des dirigeants qui ont investi à prix fort, assurer un avenir radieux pour la famille et les proches et enfin faire face à la concurrence qui veut prendre la place du numéro un. 

Diego Armando Maradona n’avait rien de la superstar classe et propre comme on peut le voir pour la plupart des footballeurs. Petit par la taille mais grand par le talent, il a émerveillé de sa palette technique avec sa soyeuse patte gauche. Véritable rockstar dans les années 80, El Pibe de Oro a construit sa légende de par son parcours, son franc-parler, ses frasques mais surtout sa forte personnalité qui lui aura fait l’un des footballeurs le plus aimé par certains ou le plus détesté par d’autres. 

Maradona, un homme et un destin hors du commun

Né le 30 octobre 1960, il est le cinquième d’une fratrie de huit enfants. Issu d’une famille modeste, le petit Diego passe son enfance dans les bidonvilles de Villa Fiorito, dans la banlieue sud de Buenos Aires. C’est ici qu’il se familiarise avec le football, seul passe-temps pour le jeune enfant où il joue de nombreux matchs de rue. Il décrit son enfance comme “riche” car : « J’ai grandi dans une résidence privée… Privée d’eau, d’électricité et de téléphone ». À l’âge de 10 ans, lors d’un match dans son quartier, il se fait repérer lors d’une détection par l’entraîneur du club du Argentinos Juniors, Javier Cornejo qui va lui donner sa chance. 

Premiers pas dans le monde professionnel

Du haut de ses 16 ans en 1976, Diego intègre dans le groupe professionnel du club. Il fait ses débuts dans le grand bain. En quatre années passées dans le club formateur, il inscrit un total de 116 buts en 166 matchs. Son talent se fait remarquer à un point où un grand club argentin vient sonner à la porte. 

Boca Juniors, club mythique du championnat argentin et grand rival de River Plate, va lui donner une exposition plus grande à Maradona. Il montre tout son don pour le ballon rond, de quoi remporter un championnat et de marquer face à son ennemi juré, River Plate. Il a pu marquer les esprits en deux saisons passées dans le club. 

L’appel de L’Europe se répand aux oreilles du nouveau prodige. En 1982, après la coupe du monde ratée de l’Argentine, tenante du titre et éliminée en deuxième phase éliminatoire, le jeune Maradona va faire le grand saut vers dans le championnat européen plus précisément au FC Barcelone. Lors de sa première saison dans le club blaugrana, l’argentin remporte deux trophées : La coupe du Roi et la coupe de la Liga (qui n’existe plus). En une vingtaine de matchs joués, il marque tout de même une dizaine de buts ce qui est un bon début pour le jeune Diego. La saison suivante est en plus difficile pour le joueur argentin. Entre blessures et problèmes de santé, Maradona voit son influence se dégrader dans le jeu et le club voit aussi les premiers coups de sang de leur joueur. Lors de la finale de la coupe du roi contre l’Athletic Bilbao en 1984, au coup de sifflet final et à la défaite du FC Barcelone, Maradona déclenche alors une bagarre générale après avoir subi des injures raciales de la part des joueurs de Bilbao dûes aux origines amérindiennes de son père. Maradona assène des coups aux joueurs adverses. Cette image sera la dernière de l’argentin au sein du club qui le transfèra en Italie notamment en Sicile où il se fera une beauté. 

La dolce vita napolitaine

Transféré de Barcelone à Naples en 1984 pour 7 millions d’euros, Maradona arrive en trombe dans un stade plein qui acclame son nom comme le sauveur qui peut ramener un titre de champion de Serie A, un titre qui leur échappe depuis toujours. 

Les débuts de Maradona avec le SSC Napoli sont en nette progression. Une huitième place pour sa première saison et une troisième place pour la suivante. Le SSC Napoli se présente comme un sérieux prétendant au titre avec le numéro 10 argentin en personnage principal. 

Et l’année 1987 est écrite dans les livres d’histoire du club. Pour la première fois de leur histoire, Naples obtient enfin leur premier titre de champion de Serie A et c’est aussi la première fois qu’un club du sud remporte le championnat italien. La ville s’exalte et les fêtes durent sur plusieurs jours et les habitants célèbrent leurs joueurs en particulier Maradona en première ligne qui leur dédient des peintures murales à son effigie. De plus, ils ajoutent une coupe d’Italie à leur palmarès. 

Les années passent et Maradona et ses coéquipiers ont placé le Napoli comme une place forte dans le championnat italien. Après avoir été deuxièmes les deux saisons suivantes après avoir glané le titre en 1987, le Napoli remporte pour la deuxième de leur histoire le Scudetto en 1990 et une Coupe de l’UEFA en 1989. Maradona est l’acteur principal de ces accomplissements et a planté Naples sur la carte du football national et européen. 

L’apogée d’une carrière au sommet

Après avoir disputé sa première coupe du monde en 1982 en Espagne qui s’est soldée par une élimination précoce, la sélection argentine va prendre leur revanche sur cette déconvenue avec un Maradona en pleine renaissance avec son aventure italienne à Naples. 

En 1986, la nouvelle édition de la Coupe du monde se joue au Mexique. Se retrouvant dans un groupe relevé avec l’Italie, tenante du titre, Bulgarie et Corée du Sud, l’Argentine se présente comme l’un des favoris de ce tournoi. Finissant premier de leur groupe, l’Argentine passe aisément aux phases éliminatoires. En battant l’Uruguay en huitièmes de finale, les argentins retrouvent l’Angleterre en quart de finale. Et le Maradona Show commence. Auteur d’un but de la main non sanctionnée qu’on appellera “La Mano de Dios”. Et le second but est une pure merveille. Dans une course de 60 mètres, le génie élimine cinq joueurs anglais et met le gardien dans le vent et il n’a plus qu’à pousser le ballon au fond des filets. Victoire des argentins face aux anglais qui sont en pleine tension diplomatique avec la guerre des Malouines. Place au demi-finale face à l’équipe surprise, la Belgique. Et c’est encore Maradona, auteur d’un doublé, qui qualifie son pays en finale. Peut–être que les argentins vont soulever une deuxième coupe du monde. 

Face au match spectaculaire contre l’Allemagne de l’Ouest en finale, Maradona gagne quasiment à lui tout seul le titre suprême. Élu meilleur joueur de la compétition, il est au sommet du monde avec l’Argentine qui soulève sa deuxième coupe du monde après celle de 1978.

Une fin de carrière faîte de déboires

Auréolé du statut de meilleur joueur du monde, Diego Maradona est la nouvelle superstar du football. Dieu vivant du Napoli, héros national en 1986, l’enfant des bidonvilles de Villa Fiorito enchante les spectateurs de ses coups de génie et sa patte gauche magique. Malgré son statut, il est aussi connu des faits qui lui ont conduit à une fin de carrière désastreuse. 

Mi-ange, Mi-démon

Contrôlé positif à la cocaïne lors d’un contrôle antidopage, Maradona se voit purgé d’une suspension d’un an et trois mois ce qui signifie une fin en disgrâce avec le Napoli, le club où il a tout gagné, qui mettra fin à leur collaboration. Il fait une pige à Séville avant de retourner au pays pour finir sa carrière dans le club qu’il a révélé au monde du football, Boca Juniors. 

Bien qu’il soit un homme adulé, symbole du peuple, toujours à combattre auprès des opprimés et à faire face aux institutions, Maradona était aussi un homme qui tenait un combat personnel : son combat contre ses addictions. 

Dépendant à la cocaïne depuis les années 80, cette dépendance lui a conduit à des nombreuses frasques. Performances sur le terrain en déclin, prise de poids et comportements instables, Maradona a dû se battre sur de nombreuses années mais en vain. Son combat va se poursuivre jusqu’à la fin. 

L’homme du peuple

Maradona est toujours considéré comme un combattant de la classe populaire. Son enfance dans les bidonvilles lui a marqué. Il se range toujours auprès des opprimés, n’hésite pas à monter au front face aux instances du pouvoir (notamment la FIFA) pour défendre leurs droits. Il a apporté son soutien au peuple palestinien, s’est opposé à la guerre en Irak, se lie d’amitié avec Fidel Castro et se tatoue sur le bras gauche le portrait du Che Guevara. 

Une icône intemporelle

Décédé le 25 novembre 2020 suite à des complications cardiaques, Maradona a laissé un grand vide dans le monde du football. Héros culturel, sanctifié à Naples, charisme inégal, Diego Maradona reste et restera une légende absolue sur et hors du terrain. Il a changé la dimension d’un club à lui tout seul, a mis l’Argentine sur le toit du monde. 

Il a voué un amour absolu pour le football au point que le président du SSC Napoli Aurelio de Laurentiis a changé le nom du stade en sa mémoire quelques semaines après sa mort. Un homme entier qui vivait la vie avec passion, connaissait ses failles et ses blessures antérieures qu’il n’a pas pu soigner mais qui vivait en donnant tout jusqu’à son dernier souffle. 

Adulé ou détesté, Maradona n’a jamais triché sur ce qui l’était et a marqué son histoire en restant lui-même et a fait ce qu’il aimait le plus : jouer au football. 

Défiler vers le haut