Allen Iverson : la Culture Hip-Hop dans la peau

“Je n’ai jamais fait autre chose qu’être moi-même. » 

Être soi-même, c’est tout ce qu’était Allen Iverson tout au long de sa vie. 

Dans une NBA où tous les professionnels devaient véhiculer une image propre, agir de façon corporate et donner une vision d’une ligue propre et sans bavure, le natif de Hampton n’est pas dans cet idéal et préfère rester sur ce qu’il sait faire le mieux : jouer au basket et le reste est secondaire. 

Il faut dire que le meneur/arrière des Philadelphia Sixers a apporté la culture hip-hop dans la NBA dans toute sa splendeur. Baggys, chaînes et bagues en or, cornrows (tresses africaines) et tatouages bien visibles, Iverson a assumé chaque fait et geste de quoi irriter la direction de la Grande Ligue. 

Au-delà de ces fantaisies, il faut pas oublier que malgré sa taille (1m83), il arrivait à être un adversaire redoutable en 1 contre 1 grâce à son explosivité et son geste signature et a révolutionné son poste de belle manière jusqu’à emmener son équipe vers les sommets à quasi lui tout seul. 

Petit par la taille mais grand par le talent

Né le 7 juin 1975 à Hampton, en Virginie, Allen Iverson vit dans un environnement pour le moins mouvementé. Né de parents adolescents et élevé par la famille de sa mère, Iverson trouve refuge dans le sport pour échapper à la dure réalité quotidienne de son atmosphère et il excelle dans deux disciplines : le foot américain et le basket. En jouant pour le lycée de sa ville, il est titulaire dans les équipes et se voit récompensé du titre du meilleur joueur lycéen de l’année dans ces deux sports. Les offres de bourses universitaires de plusieurs facultés pleuvent et ils veulent l’engager dans leur équipe. Iverson semble avoir son destin en main et peut-être s’en sortir à travers le sport. 

Un destin presque brisé et une seconde chance à saisir

Un soir d’hiver 1993, le soir de la Saint-Valentin, Allen et quelques amis décident de passer une soirée bowling. La soirée se passe au mieux lorsqu’un groupe de personnes débarque et l’ambiance vire au cauchemar. Des échauffourées s’enivrent entre le groupe d’Iverson et l’autre groupe au point où une bagarre est enclenchée. Durant cette rixe, Iverson aurait frappé une femme sur la tête avec une chaise. Résultat des courses : arrêté à l’âge de 17 ans et jugé comme un adulte, il se voit condamné à 15 ans de prison dont 10 avec sursis. 

Les défenseurs d’Iverson voient cette peine comme un affront. Des marches sont organisées pour demander la libération des quatre membres noirs dont Iverson. Au bout de quatre mois d’emprisonnement, il obtient la grâce accordée par le gouverneur. Libéré, il voit ses perspectives d’avenir se réorganiser et n’a pas oublié son objectif d’intégrer la NBA un jour. 

Obtenant son diplôme en terminant sa dernière année dans un lycée pour les jeunes en difficultés, Iverson voit les offres de bourses universitaires diminuer petit à petit dû à sa condamnation de prison. C’est alors que John Thompson, coach de basket à l’université de Georgetown, lui donne sa chance et le meneur va lui rendre la pareille. Pendant ses deux années universitaires, il remporte le titre de la meilleure recrue de l’année et va donner un titre de champion de la Big East mais s’incline au tournoi de NCAA pendant les deux années. Après cette aventure universitaire qui lui a redonné goût, il décide donc de s’inscrire à la Draft 1996 et de se plonger dans le grand bain. 

Plonger dans le grand bain

Juin 1996. Jour de draft. La classe de cette draft présente des talents qui pourraient chambouler et redonner un nouveau souffle et une nouvelle jeunesse à la ligue. Kobe Bryant, Steve Nash, Ray Allen, Stephon Marbury et Allen Iverson en font partie. Le premier choix de la Draft qui appartient aux Sixers de Philadelphie va porter sur le meneur/arrière. Les Sixers qui sortent d’une saison régulière cauchemardesque (dernière place de la conférence Est), misent sur le jeune Iverson comme le nouveau visage de la franchise après le départ de Charles Barkley et espèrent qu’il pourra à nouveau les emmener vers les sommets. 

La nouvelle saison commence et le numéro un de la draft se fait déjà remarquer. Pour son premier match, il inscrit 30 points et délivre 6 passes décisives. Une performance de haute volée pour le rookie qui avertit qu’il est prêt pour la NBA. Une des actions les plus marquantes de sa saison rookie NBA est le soir où il a dribblé Michael Jordan d’un crossover dévastateur dont il a le secret et qui restera son geste signature tout au long de sa carrière. Même s’il ne qualifie pas pour la postseason, il affiche une moyenne de 23 points avec 7 passes décisives et 2 interceptions par match, ce qui lui vaut le trophée du rookie de l’année 1997. 

D’année en année, Philadelphie s’améliore sous la houlette d’Iverson. Attaquant hors-pair, redoutable en un-contre-un, rapide et doté d’un crossover qui laisse les défenseurs sur place, la franchise a trouvé en Iverson le franchise player sur qui compter. Parfois soliste dans son jeu, l’arrivée du nouveau coach Larry Brown va lui permettre de se responsabiliser et de comprendre le jeu. 

2001, une année monstre 

Après un départ houleux entre Brown et celui qu’on surnomme “The Answer”, la relation s’est améliorée entre les deux malgré quelques relances. Avec Brown comme coach dans les rangs, les Sixers reprennent vie aux playoffs à partir de la saison 1998-1999, année de lock-out. Pour sa première fois en playoffs, le numéro 3 de Philly et ses coéquipiers se frottent au Orlando Magic au premier tour mais le chemin s’arrête face aux Pacers de l’Indiana de Reggie Miller en demi-finale de Conférence. La saison suivante aborde une nette amélioration mais bute encore contre les Pacers qui seront futurs finalistes cette année-là. 

2001, enfin l’année du titre ? Doté d’un collectif plus équilibré autour de lui avec l’arrivée de Dikembe Mutombo en défense, les Sixers ont une chance de croire au titre avec A.I en pleine possession de ses moyens. Finissant meilleur marqueur de la ligue et terminant premier de la Conférence Est, Iverson est logiquement récompensé du titre de MVP de l’année 2001. L’équipe franchit aussi un cap en playoffs car elle finit championne de la Conférence Est en battant tour à tour les Pacers, les Toronto Raptors de Vince Carter et les Bucks de Jesus Shuttlesworth (Ray Allen pour ceux ou celles qui ont la ref 😉). Elle va affronter en Finale NBA, les invincibles Lakers de Shaq et Kobe, champion en titre et s’inclinera au bout de cinq matchs mais on retiendra surtout la performance stratosphérique d’Iverson lors du match 1 avec une victoire à la clé avec 48 points du numéro 3 et une action qui a marqué les esprits où il effectue un crossover qui fait tomber Tyronn Lue sur les fesses et un shoot à 3 points qui scelle la victoire des Sixers. 

La déchéance d’une légende

Les saisons s’ensuivent mais les Sixers n’ont pas le goût de la Finale NBA depuis et les éliminations au premier tour de playoff s’enchaînent. Par conséquent, le coach Brown se fera licencié et va rejoindre les Detroit Pistons où il finira champion et la légende des Sixers se fera transférer chez les Denver Nuggets de Carmelo Anthony après 10 ans de bons et loyaux services. Si l’association Iverson/Anthony fait rêver sur le papier, la réalité est toute autre. La magie entre les deux superstars ne prend pas et The Answer est renvoyé aux Pistons en 2008. De retour dans le Conférence Est, Iverson ne fera pas long feu chez les Pistons avec un physique qui ne suit plus avec une hygiène de vie désastreuse. Les Pistons l’envoient donc chez les Grizzlies de Memphis où il y joue que 2 mois pour raisons personnelles. Il retourne tout de même dans la franchise qu’il a révélée mais cette idylle durera que quelques mois pour aussi raisons personnelles (il doit occuper de sa fille atteinte de la maladie de Kawasaki). Après une pige anecdotique au Besiktas, en Turquie en 2010 où il n’y joue qu’une dizaine de matchs, il prend officiellement sa retraite en 2013 après 17 ans de carrière professionnelle.  

Le pont de fonte entre le Hip-Hop et la NBA 

Numéro 1 de la Draft 1996, Rookie de l’année, MVP, finaliste NBA, 11 fois All-Star et 2 fois MVP All-Star, 4 fois meilleur marqueur de la NBA et membre du Hall of Fame et membre de 75 meilleurs joueurs de l’histoire de la NBA et maillot numéro 3 retiré. Voici le palmarès d’Iverson après son passage en NBA. 

Son passage à Philadelphie a marqué les esprits par son jeu rapide, son crossover qui a fait trembler plus d’un défenseur et son authenticité à part entière. Celui qui ne voulait pas se mettre dans les rangs de la NBA, il a apporté la culture hip-hop dans la ligue. Baggys, tatouages visibles, cornrows et rap dans les oreilles, tout le monde a adhéré au mouvement et à être enfin eux-mêmes. 

Son amour pour le hip-hop n’a pas fait que des envieux. Son comportement sur et hors du terrain n’a qu’à alimenter pas mal de casseroles. Son arrestation pour excès de vitesse et possession de marijuana en 1997, ses sorties nocturnes, son album de rap sous le pseudonyme de Jewelz et sa fameuse conférence de presse en 2002 sur le sujet de practiceont tout de même forgé sa légende et Philadelphie savait qu’il était impossible de le remplacer et de même de son équipementier Reebok en a fait même campagne avec le slogan “i am what i am”. 

Même s’il y a des hauts et des bas entre Philadelphie et son franchise player, il a eu droit à sa statue à son effigie. Il a tout donné pour le basket, joué chaque match comme si c’était le dernier, aura inspiré la nouvelle génération au point où on le compare à Ja Morant qui possède un jeu similaire. Iverson est un homme qui aura fait de son authenticité son arme principale pour y laisser son empreinte à jamais dans la Grande Ligue. 

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