Dans les années 80, la NBA connaît un renouveau au niveau médiatique et spectacle. La rivalité Lakers-Boston bat son plein avec ses joueurs vedettes : Magic Johnson et Larry Bird qui s’affrontent chaque année en Finales NBA. Le jeune prodige Michael Jordan fait sa place dans la Conférence Est et est l’un des meilleurs joueurs si ce n’est le meilleur joueur de la Grande Ligue et il est toujours dans l’attente de remporter son premier trophée avec les Chicago Bulls.
Au milieu de tout ça, il y a une équipe qui est restée dans l’ombre derrière les strass et paillettes du star system de la NBA, qui a décidé de mener la révolte et de stopper les hégémonies des Lakers et Celtics et de marquer l’histoire dans leur conférence mais aussi de la Ligue.
Les Pistons de Détroit est l’équipe qui a leur mot à dire dans cette ligue, va s’initier dans cette rivalité Lakers-Celtics et qui a pour objectif de casser cette dynamique en proposant un jeu en totale opposition de ce qu’il se propose en NBA à cette époque avec des joueurs et un coach en adéquation avec cette philosophie.
Les Pistons de Détroit ou l’équipe que toute la NBA a aimé détester et a redonné la lumière à toute une ville.
Talent, sueur et sang : Gagner par tous les moyens
Détroit. Michigan. Surnommée “Motor City” pour son essor économique dans l’automobile dans les années 60 et être la maison mère du label emblématique de la soul, la Motown. La ville de Détroit connaît une récession économique due au choc pétrolier dans les années 80. Licenciements massifs, les habitants désertent les uns après les autres. Le chômage, la violence et la pauvreté gagnent du terrain sur la ville.
Leur équipe de basket connaît aussi le même chemin. Longtemps abonnée au bas-fond du classement de la Conférence Est dans les années 70, l’équipe des Pistons commence une lente reconstruction au début des années 80 pour tenter de mettre fin au règne des Celtics et être une place forte de la conférence. Et pour cela, il faut un joueur capable de dicter sa loi et d’imprégner son état d’esprit aux autres joueurs. C’est alors que les Pistons misent lors de la Draft 1981 sur le jeune rookie Isiah Thomas qui répond aux critères demandés.
Isiah “Zeke” Thomas est le symbole de cette reconstruction. Choisi en 2ème position de la Draft 1981, il a connu un environnement similaire à celui de Détroit. Né à Chicago, il grandit dans les quartiers pauvres avec ses neufs frères et sœurs. Deux solutions s’offraient à lui : connaître la vie des gangs ou bien rentrer dans le droit chemin. Il choisit la deuxième et obtient une bourse à l’université de l’Indiana.
Meneur de jeu de 1m85, le « Smiling Assassin » a un arsenal offensif qui peut changer la donne : dribbleur élégant, passeur hors pair, tireur létal et une intelligence de jeu au-dessus de la moyenne, le numéro 11 change le visage de l’équipe. Lors de sa première saison, il ramène 18 victoires de plus par rapport à la saison dernière (ils finissent avec 39 victoires en 82 contre 21 victoires en 81) et participe au All-Star Game la même année en étant dans le cinq majeur.

Une fois mise sur la bonne pioche, le front office doit choisir les lieutenants et soldats pour entourer le général. Et c’est qu’on peut dire, c’est que les recruteurs ont bien compris le type de joueur qu’il faut et qui se marie bien avec l’état d’esprit de la franchise. Et ces joueurs ne sont pas des enfants de coeur :
- Bill Laimbeer : enfant issu d’une famille aisée, il est le lieutenant par excellence pour le général des Pistons. Transféré des Cleveland Cavaliers en 1982, le pivot des Pistons va utiliser tout son alliage défensif pour aider à chercher le titre. Poings, coudes, nez, poitrines, tous ses coups vicieux étaient discrètement appuyés et insinuaient tous les intérieurs qui osaient pénétrer dans sa zone. Il est le méchant incarné de la NBA et la franchise de Détroit sait qu’il ne trouvera pas mieux sur le marché.
- Joe Dumars : le gentleman au milieu de ces “bad boys”. De nature taciturne, c’est le talent et le travail acharné qui vont lui permettre de conquérir le cœur des fans mais aussi être apprécié du vestiaire.
- Rick Mahorn : le Pensant d’or de Bill Laimbeer dans le jeu intérieur des Pistons. Discret dans les coups bas, il n’hésite pas à se jeter dans la bataille pour protéger ses partenaires. En duo avec Laimbeer, le poste bas était une zone à haut risque.
- Dennis Rodman : sélectionné par les Pistons en 1986, celui qu’on surnomme “The Worm” va user de son style défensif agressif et surtout utiliser son corps pour capter les rebonds de manière spectaculaire.
On ajoute à cela Mark Aguirre, Vinnie Johnson pour compléter l’armada et le coach Chuck Daly pour gérer les égos et les voilà prêts à partir en guerre.
Après avoir enchaîné trois campagnes de playoffs de suite suivi par des éliminations au premier tour, les Pistons acquièrent de l’expérience et sentent qu’il est temps de bouleverser la hiérarchie. L’année 87 est peut-être la chance inouïe pour les Pistons de décrocher le Graal.
Deuxièmes de leur conférence, les Bad Boys font une bonne campagne de playoff et arrivent jusqu’en finale de conférence face à Boston. Thomas vs Bird. Peut-on assister à une passation de pouvoir entre ces deux équipes? D’un côté, une équipe qui a dominé la conférence durant cette décennie en gagnant trois titres et en présentant l’un des plus belles équipes de l’histoire. Et de l’autre côté, une jeune équipe pétrie de talent qui veut être le nouveau roi de la NBA avec un style défensif rugueux. C’est une série en 7 matchs que va remporter les Celtics et va pouvoir accéder à la grande finale. Une frustration pour les Bad Boys qui se voyaient franchir un cap et accéder pour la première fois de leur histoire à la finale.
C’est étape par étape que la franchise va arriver à décrocher le titre suprême. Terminant premiers de la conférence en 88, l’équipe élimine tour à tour les prétendants au titre en commençant par le MVP de la saison Michael Jordan qui n’a rien pu face à la “solide” défense des Pistons qui leur vaudra cette fameuse “Jordan Rules”, une tactique qui permet de limiter les points de Jordan dans la zone en doublant la défense sur lui. Cette tactique a fini par porter ses fruits car ils les éliminent au bout de six matchs et frustrent un Jordan impuissant face à cette tactique. Ils rejoignent donc les Celtics pour leur deuxième finale de conférence de suite et la possibilité pour les Pistons de prendre leur revanche. Et ils ont enfin eu leur revanche car ils les éliminent avec la manière et tiennent à leur première finale de l’histoire.

Lakers-Pistons sera l’affiche de la finale 88. Thomas vs Magic. Les deux enfants du Michigan vont s’affronter pour la première fois dans un duel haletant. Les deux équipes se livrent une guerre sans merci, aucune des deux équipes ne semblent rendre les armes, les franchise players se rendent coup pour coup dont un match 6 surprenant d’Isaiah Thomas qui inscrit 43 points (avec 16 points dans le quatrième quart-temps en ayant la cheville foulée). L’une des plus belles finales s’achève avec la victoire des Purple & Gold et une frustration de plus pour les Bad Boys qui vont la transformer en opportunité pour la saison prochaine.

1989. Nouvelle saison mais toujours le même objectif : décrocher le Graal tant attendu par la franchise et par les fans. Toujours avec le même socle guidé par un Thomas plus déterminé que jamais pour offrir le premier trophée de la franchise, l’équipe ne veut pas connaître une deuxième désillusion de suite. La campagne 89 n’est pas en reste car l’équipe semble plus forte et encore plus soudée que jamais. Les Playoffs deviennent une simple formalité : ils sweepent les Celtics et Bucks au premier tour et deuxième tour et retrouvent les Bulls de Jordan pour la finale de conférence. Et ils retrouvent la finale pour la deuxième année de suite face aux Lakers. La finale ne se déroule pas comme l’année dernière car c’est sur un cinglant 4-0 que les Pistons vont battre les Lakers à bout de souffle et enfin triompher de leur premier titre de l’histoire après des années de déceptions et de souffrances.
L’année suivante vient valider la couronne acquise la saison précédente. Toujours dominante dans leur conférence, l’équipe de Détroit confirme qu’elle est bel et bien les nouveaux rois de la NBA et construit une nouvelle dynastie. Ils réalisent donc le back-to-back en effectuant un gentleman sweep face aux Blazers de Portland de Clyde Drexler et Isiah Thomas est MVP des Finales NBA cette année-là.

Une fin d’histoire douloureuse et une génération dorée dans les annés 2000
Le bonheur n’a été que courte durée. Convaincus qu’ils peuvent réaliser le three peat, les Pistons voient leur ascension s’achever face aux Bulls de Jordan et Pippen qui les tiennent enfin leur revanche et accèdent la finale NBA. Fait marquant de cette finale de conférence entre les Pistons et Bulls : lancé par Laimbeer et suivi par Isiah Thomas, les Pistons n’ont pas souhaité serrer la main de leurs adversaires comme un sentiment de fin de règne et aussi être témoin de l’avènement du nouveau roi de la balle orange.
Ne retrouvant pas la même magie les années suivantes, les Bad Boys de Détroit vont droit vers un déclin, les joueurs qui ont marqué l’histoire de la franchise s’en vont les uns après les autres. Non sélectionné dans la célèbre Dream Team 92 pour les JO de Barcelone, le numéro 11 prend sa retraite en 1994 à l’âge de 32 ans. Dennis Rodman s’en va chez les Spurs de San Antonio avant de rejoindre les Bulls en 1995 et y ajouter trois bagues supplémentaires. Bill Laimbeer raccroche les baskets après une altercation avec son coéquipier Thomas.
Rien ne destinait que ces vilains garçons pouvaient cesser le règne des Lakers/Celtics dans les années 80 en un instant et empêcher l’ascension de Jordan dans les hautes sphères de la NBA. Aimés à être perçu comme l’antagoniste de la NBA, les Bad Boys ont glané deux titres consécutifs en imposant un style de jeu agressif dont eux seuls avaient le secret avec un général au sourire assassin, un lieutenant qui incarnait le vice absolu, des soldats prêts à brandir les armes et un coach pour les canaliser.
Il faudra attendre le début des années 2000 pour avoir des Bad Boys 2.0 représenté par Ben Wallace, Rasheed Wallace et Chauncey Billups avec un titre obtenu en 2004 face aux Lakers de Kobe Bryant et Shaquille O’Neal et en participant à quatre finales de conférences de suite.
Qu’on les aime ou qu’on les déteste, cette équipe a prouvé qu’en maximisant les points forts de chacun avec talent, discipline de fer et sueur, le travail finit par payer.

