En pleine Guerre Froide, les États-Unis et L’Union Soviétique ne cessent jamais de s’affronter dans des joutes sportives. Depuis l’intronisation du basket dans les Jeux Olympiques de Berlin en 1936, les USA et l’URSS se rencontrent en finale avec une victoire des américains à la clé. En 1972, les russes prennent leur première victoire sur les américains lors d’un match dit “douteux”. Une première médaille d’or pour les Soviétiques et une première défaite historique pour les États-Unis. Rebelote en 1988 à Séoul, les Soviétiques prennent encore la médaille d’or et un fait stupéfiant : les États-Unis remportent la médaille de bronze dans cette édition.
Une humiliation pour les américains qui voient leur ennemi juré triompher sur la scène internationale. Cette guerre d’égo est à son point d’orgue. Les deux pays aux idéologies bien opposées veulent démontrer leurs puissances sur tous les domaines : technologiques, politiques et sportifs. Mais une donnée importante concernant la nouvelle réglementation va venir changer la donne. En effet, le comité international olympique autorise les joueurs professionnels à participer aux JO. Une aubaine pour les américains qui vont sortir l’artillerie lourde et prouver au monde entier qu’elle est bien la plus grande suprématie après le démantèlement de l’Union Soviétique en 1991.
Et quoi de mieux de rassembler les meilleurs joueurs de la meilleure ligue de basket de la planète et de faire une équipe jamais réunie qu’on ne verra qu’une seule fois dans une vie.
Une équipe jamais assemblée
Humiliée lors des derniers JO à Séoul avec une troisième place synonyme d’une médaille de bronze et voir triompher son rival, c’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase pour les américains. Alors comment récupérer leur dû et montrer leur domination suprême ? Une bonne nouvelle vient alors au bout moment. La compétition de basket aux JO concernait seulement les amateurs mais le comité international olympique a décidé d’intégrer les joueurs professionnels pour la prochaine tournoi olympique de basket qui aura lieu à Barcelone. C’est là que la mission reconquête commence.
Alors où aller piocher les meilleurs joueurs pour constituer la meilleure équipe possible ? Bah dans la plus grande ligue mondiale de basket, la NBA bien sûr. En pleine renaissance, la NBA commence à battre son plein au niveau international avec l’avènement de la nouvelle superstar : le numéro 23 des Chicago Bulls, Michael Jordan.
Le double tenant du titre est sur une autre planète. Depuis sa draft, il éclabousse de son talent mais le chemin avant le succès a été semé d’embûches. Bouclé par les Celtics d’une part et contrarié par les défenses rigoureuses des Detroit Pistons, il trouve enfin la lumière en 1991 face aux Lakers et réitère l’exploit face aux Blazers de Drexler en 1992. Il est le nouveau visage de la NBA et il est prêt à servir ses talents sur la scène olympique.
En plus, on ajoute à cela deux autres légendes de la balle orange qui ont martyrisé les défenses dans les années 80 : Magic Johnson et Larry Bird.
Les deux “vieux briscards” qui ne sont plus à l’apogée de leurs immenses carrières légendaires vont effectuer une dernière danse. Magic Johnson qui revient quelques mois après l’annonce de sa séropositivité au VIH qui la menait à une retraite immédiate des Lakers. Le numéro 32 des Purple & Gold participe tout de même au All-Star Game où il finit MVP et est sélectionné dans cette équipe.
Larry Bird, Larry Legend. L’ailier des Celtics qui a ramené la franchise au sommet dans les années 80 avec trois titres de champions, 3 MVP consécutifs et 3 MVP des finales tout en livrant des batailles spectaculaires avec les Lakers de Magic, passe des saisons quelconques après son dernier titre et rencontre des blessures récurrentes notamment au dos et se rapproche tranquillement vers une retraite. C’est Magic et Jordan qui le convainc de rejoindre l’équipe et ramener l’or aux États-Unis.

Un casting terrifiant
Le trio légendaire est réuni pour une épopée épique. Mais qui seront les coéquipiers qui vont l’accompagner dans cette aventure ? Eh bien, les coéquipiers sont tout aussi talentueux que le trio Jordan, Magic et Bird. Et par qui commencer ? Un tour d’horizon pour comprendre la folie de cette équipe et pourquoi elle est surnommée la Dream Team :
- Scottie Pippen : le lieutenant de Jordan va apporter sa polyvalence en défense et en attaque.
- Charles Barkley : issu de la même draft de Jordan, le puissant ailier-fort des Phoenix Suns utilisera son agressivité aux rebonds qui sera d’une grande utilité.
- Patrick Ewing : le pivot des Knicks va intimider ses adversaires pour protéger le cercle avec sa force colossale.
- Karl Malone : l’ailier-fort des Utah Jazz, le Mailman va apporter son bagage offensif et ses gros muscles.
- John Stockton : le meneur des Jazz a une vision de passe exceptionnelle et se joue des pick and roll avec son coéquipier.
- David Robinson : l’Amiral des Spurs combine sa taille avec une grande mobilité et ses qualités défensives
- Chris Mullin : le meneur des Golden State Warriors va mettre en évidence son précision de tir élite ainsi que son bagage offensif et son sens du placement
- Clyde Drexler : considéré comme le deuxième meilleur arrière de la Ligue, il va user de sa polyvalence alliant vitesse, création, détente et sens du rebond.
- Chris Laettner : l’allier fort de Duke est le seul joueur universitaire de la bande. Véritable légende du basket universitaire, il a toujours été décisif dans les moments cruciaux avec sa technique et son agressivité.
Et qui de mieux que Chuck Daly pour coacher cette équipe. L’ancien coach des Bad Boys des Detroit Pistons (cf. Bad Boys de Detroit : les enfants terribles de la NBA) qui a su remporter deux titres de champions avec cette équipe en 1989 et 1990 a eu l’habitude de gérer les égos surdimensionnés des joueurs et de prôner le respect envers ses joueurs et inversement.

Quid de Isiah Thomas ? Non sélectionné dans cette armada, le général des Pistons, l’un des meilleurs basketteurs de la planète dont le coach le connaît très bien, n’a pas été appelé. Il y a une rumeur non officielle comme quoi le roster et surtout Jordan ne voulait pas de lui dans l’équipe, ce qui a déclenché un scandale pour la fanbase des Pistons. Une fois l’équipe réunie, tout est mis en place avec un seul objectif en tête : ramener la médaille à la maison.
Mission : victoire à tout prix
Destination Barcelone. JO en ligne de mire. Accueillis comme des rockstars, le public découvre l’équipe de basket masculine en chair et en os. Les joueurs ont l’habitude de toute cette effervescence aux États-Unis mais ils ne connaissaient pas cette ampleur jusqu’en Europe. Ultra favorite dans ce tournoi, la Dream Team est l’équipe à abattre. Pour le premier match, ils tombent contre l’Angola. En conférence d’avant-match, on a le plaisir de recevoir la belle déclaration de Charles Barkley concernant le pays africain :
“ I don’t know anything about Angola, but they in trouble! “. —Charles Barkley
Résultat : victoire nette et sans bavure avec un écart de 68 points (116-48). Le reste de la compétition est une vraie boucherie. Toutes les phases du tournoi sont faites sans aucune difficulté et des écarts de points abyssaux au fil des matchs. Ils retrouvent en finale la Croatie qui compte parmi eux des talents européens comme Toni Kukoc et Drazen Petrovic. Ils se sont déjà rencontrés lors des phases de groupe avec une victoire écrasante de la Dream Team et Jordan et Pippen qui se sont amusés à défendre sur Kukoc qui allait les rejoindre chez les Bulls et que la direction voyait en lui comme la future star européenne.
Une finale sans aucun suspense puisque les américains n’ont pas eu à forcer leurs talents mais les croates ont su tenir l’offensive car ils repartent avec la défaite ayant eu le plus petit écart de points (32 points).
8 matchs, 8 victoires sans aucun obstacle et une médaille d’or de retour à la maison. Voilà le bilan du tournoi de la Dream Team lors des JO, une équipe invincible qui ne laisse aucun répit et qui provoque soit la stupéfaction ou la terreur à ses adversaires qui doivent faire face à ces empereurs de la balle orange. Il existe aussi une anecdote bien célèbre : “The Greatest game never seen”. Cette opposition menée par le Team Jordan et la Team Magic était le match le plus disputé du tournoi, c’est pour dire le niveau relevé des matchs d’entraînement de la sélection.
Une médiatisation bien menée
Bien que la NBA soit populaire bien avant l’arrivée de la Dream Team, cette exposition de cette équipe mythique lors du tournoi olympique a mis la NBA dans une sphère internationale beaucoup plus importante. Ce sont des millions de spectateurs amateur.trices ou passionné.es qui regardent les exploits de Jordan, Bird et Magic. De nombreux joueurs internationaux comme Dirk Nowitzki, Tony Parker ou Pau Gasol ont expliqué que la Dream Team leur a conduit à devenir des basketteurs professionnels.
Une génération inspirante et intemporelle
Après les JO de Barcelone, le recrutement des joueurs internationaux explose. Chaque franchise a eu droit à son joueur européen dans son roster. On peut citer Kukoc chez les Bulls, Petrovic chez les Nets, Nowitzki à Dallas et bien d’autres encore. On peut même constater que ces dernières années les européens et même internationaux ont pris le dessus sur la NBA par rapport aux américains.
Au niveau marketing, cette tournée tombe à point nommé pour les marques et les droits télés de la NBA. Grâce à cette aventure médiatique, le basket est devenu un produit culturel. La marque Jordan Brand (cf. Jordan Brand : in Jordan, we trust) explose, les maillots se vendent par milliers d’exemplaires, le mode streetwear s’implante en Europe et le hip-hop est le nouveau genre musical à la mode. Cette surmédiatisation permet aussi à David Stern, le commissioner de la NBA de revaloriser les droits télés et mondialiser la Grande Ligue.
La Dream Team est l’équipe ultime jamais assemblée qui a transformé la NBA en un spectacle international. Leur influence a dépassé toutes les frontières de par son roster et de l’impact général qu’ils ont laissé durant cette campagne. Celle de 2012 avec Kobe Bryant en chef de meute est souvent comparée à cette équipe mythique au point de la nommer Team USA 2012 bien aussi talentueuse qu’elle soit.
