Qui a dit que le sport ne pouvait pas être un terrain de jeu pour la politique? Souvent décrit comme un lieu de divertissement, de performance et d’unité nationale, le sport est essentiel à chacun pour vivre des émotions dans les victoires comme dans les défaites.
Mais le sport peut se transformer en un terrain de tribune où chaque geste devient un manifeste. Chaque événement mondial est une occasion pour porter la voix aux opprimés. Par exemple, Jesse Owens qui contredit les idées de Hitler pendant les JO de Berlin (cf. Jesse Owens, l’arme fatale contre le 3ème Reich), Mohammed Ali a utilisé tout au long de sa carrière, sa notoriété pour dénoncer les inégalités raciales aux États-Unis. Lors des JO de Mexico de 1968, Les athlètes Tommie Smith et John Carlos lèvent le poing vêtu d’un gant noir pour la lutter contre le racisme aux États-Unis lors de la remise des médailles. Un geste silencieux devenu légendaire.
Le sport est un fervent défenseur de l’égalité, du respect et d’inclusion mais le sport est aussi un lieu d’exposition pour contester les inégalités hommes-femmes, la discrimination, la corruption et l’homophobie sur les terrains.
À leurs risques et périls, les sportifs professionnels qui se sont engagés dans cette voie en paient le prix : pertes de sponsor, harcèlements, sanctions disciplinaires, reproches de mêler la politique au sport…
Remettre en question un pays qui vit une période d’instabilité et protester contre les violences policières en un geste qui a dépassé le cadre du sport, c’est exactement ce qui s’est passé pour un joueur qui a mis sa carrière en péril pour la cause.
Un geste qui réveille les consciences
Tout d’abord, qui est Colin Kaepernick, l’homme derrière le geste tant décrié par les médias américains et soutenu par ses pairs ?
Colin Kaepernick est né le 3 novembre 1987 à Milwaukee dans le Wisconsin. Né d’un père noir et d’une mère blanche, Colin se fait adopté par une famille blanche quelques mois après sa naissance. Quelques années plus tard, la famille part s’installer en Californie où le jeune Colin montrera ses talents sportifs dans trois sports différents au lycée (football américain, basket et baseball). Il portera son choix vers le foot US. Il s’en va donc faire ses classes à l’université au Nevada où il sera remarqué par ses performances notamment en remportant deux fois le prix du meilleur offensif. Après sa dernière année universitaire, il est éligible à la Draft de 2011. Il est sélectionné par les 49ers de San Francisco.

Après des débuts timides dans les premières années, Colin prend un peu plus de place dans l’équipe première et signe même une prolongation de contrat de six ans pour un montant de 126 millions de dollars en 2014. Tout semble aller pour le mieux pour Kaepernick.
Le 26 août 2016, lors d’un match de pré-saison, l’hymne national retentit dans le stade. Spectateurs, entraîneurs et joueurs se lèvent par acte de patriotisme mais il y a un joueur qui va faire un geste qui va laisser tout le monde bouche bée : Colin s’agenouille pendant l’hymne. Un genou à terre et un Colin silencieux en guise de protestation contre les violences policières, l’injustice raciale et l’oppression aux États-Unis. En plein mouvement Black Lives Matter qui milite contre le racisme envers les noirs, Colin a trouvé le moyen efficace de faire entendre sa voix. Il poursuit ce geste à tous les matchs de la saison, de quoi irriter les médias traditionnels et même Donald Trump, candidat à la présidentielle qui demande à la NFL de le licencier.

L’accumulation des blessures lui fait perdre sa place de titulaire et les performances sont en deçà. Il revient sur les terrains après avoir subi des interventions chirurgicales mais il n’est toujours pas le quarterback titulaire des 49ers. C’est alors que la direction décide de le libérer de son contrat en fin de saison. En plus de la direction, une partie des supporters de sa propre équipe se désolidarisent de ce geste et brûlent le maillot floqué à son nom. Agent libre et mis à l’écart par la NFL, Colin n’a toujours pas signé de contrat avec une autre équipe par peur de représailles. Par conséquent, Kaepernick porte plainte contre la NFL en 2017 en accusant les propriétaires des franchises de l’empêcher de décrocher un contrat en raison de ses positions politiques. Ce n’est que deux ans plus tard en 2019 que Kaepernick et la NFL trouvent un accord à l’amiable confidentiel et retire sa plainte. Depuis cet accord, Colin Kaepernick n’a toujours pas rejoué malgré les invitations des franchises à faire des essais et son souhait de retrouver les terrains.
Même si le genou à terre lui a coûté sa carrière professionnelle, les soutiens envers Kaepernick sont multiples. La marque Nike décide de lui en faire le nouveau visage de la firme en lui consacrant une affiche publicitaire en noir et blanc avec comme message : “Croyez en quelque chose. Même si cela signifie tout sacrifier.”

Un exemple de résilience
Lauréat du prix Muhammed Ali Legacy par Sports Illustrated en 2017, Colin Kaepernick continue son activisme contre les inégalités raciales. Quatre ans plus tard, en 2020, un genou létal d’un policier vient prendre la vie de George Floyd. Des manifestations se répandent dans toutes les villes du pays. Le geste qu’a initié Kaepernick est repris par les sportifs du monde entier comme LeBron James, Lewis Hamilton, Serena Williams, Kylian Mbappé et consorts pour dénoncer les injustices sociales et discriminatoires.
D’un geste qui lui a fermé les portes de la NFL à un symbole national voire même international, Colin Kaepernick a su faire preuve de courage quitte à tout sacrifier pour une cause qui lui tient à coeur et a pu appuyer sur la sonnette d’alarme pour réveiller une Amérique en pleine inconscience sociale, celle qui réprimande un patriotisme irréprochable.
Militant à plein temps pour la justice sociale, il a fondé avec sa compagne Nessa Diab, animatrice radio-télé, une maison d’édition mais aussi une association Know your Rights Camp pour défendre les droits des jeunes américains issus de la minorité.
Ennemi national pour l’un, héros pour l’autre, Colin Kaepernick sera celui qui a su rester debout face à l’adversité sans jamais renoncer à son combat quitte à mettre tout un pays à genou et s’inscrira dans la lignée des ses compères Mohammed Ali, Jesse Owen, Tommie Smith et John Carlos.

