« Je jouais pour être heureux. »—Ronaldo Luis Nazȧrio de Lima
Dans le football, on a vu des joueurs fantastiques qui ont foulé la pelouse et qui ont marqué toute une génération. On parle de Pelé, Messi, Cristiano Ronaldo, Zidane, Ronaldinho et bien d’autres encore.
Mais ce dont on va vous raconter, va au-delà de l’impossible. Imaginez une personne calme et posée derrière sa bouille enfantine et son grand sourire écarlate, se trouve en réalité une véritable machine à tuer capable de martyriser une défense à lui tout seul. Un danger permanent auquel on a envie que ça se finisse pour le bien des spectateurs adverses.
Ce danger porte un nom : Ronaldo Nazȧrio de Lima. Tout droit sorti de la terre du beau football, le Brésil qui regorge de talents par dizaine, le brésilien va marquer de son empreinte toute l’Europe durant la décennie 90-2000 par sa vitesse de léopard, ses dribbles endiablés, sa force brute et sa technique imparable auxquels des enfants vont essayer de l’imiter dans les cours d’école. Un vrai ouragan lorsqu’il pénètre le camp adverse et qui laisse la défense sans solution.
Qu’est-ce qui fait de lui l’attaquant parfait qui a fait trembler les filets dans les plus grands championnats et qui est classé parmi les joueurs de foot du 21ème siècle ?
C’est l’histoire d’un gamin qui voulait juste jouer au football et prendre du plaisir.
Un phénomène qu’on voit qu’une fois dans sa vie
C’est un jour du 22 septembre 1976 à Bento Ribeiro, à 30 km de Rio de Janeiro, que le petit Ronaldo voit le jour et fait le bonheur de ses parents. Issu d’une famille modeste, le foot fait partie intégrante dans la famille car son oncle est un footballeur professionnel et est champion de Rio avec son club. Comme beaucoup d’enfants de son quartier, il commence à apprendre et maîtriser les techniques de football dans la rue. Peu intéressé par les études, ses parents l’inscrivent dans une association sportive où il pratique le foot en salle, le Valqueire Tennis Club. Cette pratique de foot en salle permet de savoir jouer dans les petits espaces et de développer des gestes techniques. Grand de taille pour son jeune âge, il commence au poste de gardien de but avant d’être placé progressivement aux postes offensifs.
Dans les salles de futsal, le petit Ronaldo commence à se faire un nom. De nombreux clubs viennent scruter son talent et l’invitent même à faire des essais. Le club de Flamengo l’a même approché pour faire une séance de détection mais la légende dit que Ronaldo n’a pas pu faire une deuxième séance car il n’a pas de quoi payer le bus pour se rendre au deuxième essai. Il continue donc de faire un bon de chemin dans le futsal et découvre le monde professionnel avec un club de deuxième division situé à Rio, São Cristovão qu’il rejoint à l’âge de 14 ans. Durant ces trois années de formation, Ronaldo se construit et aide le club à remporter le titre de champion de Rio et à atteindre la deuxième place du championnat national. Auteur de bonnes prestations avec le club carioca, il suscite de nombreuses convoitises de grands clubs brésiliens.
En 1993, il rejoint le club de Cruzeiro et intègre de suite le onze titulaire. Dès sa première saison, il remporte son premier trophée, la Coupe de Brésil et laisse parler son talent en inscrivant de nombreux buts pour le club. L’année suivante, il réitère les mêmes performances voire encore meilleures. Il marque 21 buts cette saison-là et finit meilleur buteur du championnat. Sur les 47 matchs disputés avec Cruzeiro, il inscrit 44 buts. Ces performances lui permettent de faire partie de la liste pour la Coupe du Monde 1994 qui aura lieu aux États-Unis. Le Brésil finit vainqueur de cette édition, Ronaldo ne joue aucun match mais il apprend auprès des joueurs comme Romario, Rai et Bebeto.
Ayant fait son temps dans le championnat brésilien, il est temps pour le jeune brésilien de s’envoler vers d’autres cieux. Et c’est en Europe que Ronaldo va atterrir plus exactement aux Pays-Bas. C’est le PSV Eindhoven qui l’accueille les bras ouverts durant l’été 1994. Ce grand club néerlandais est connu pour avoir un contingent brésilien (Romario est passé par ce club). C’est aussi l’occasion pour Ronaldo de se faire connaître aux yeux de l’Europe dans un championnat un peu plus tactiquement rugueux que le championnat brésilien. Il n’y aura pas fallu de temps d’adaptation pour R9 puisque dès sa première saison en Europe, il finit meilleur buteur du championnat avec 30 unités. La saison suivante, il n’est pas épargné par les blessures mais il participe tout de même à une dizaine de matchs et inscrit 12 buts. Le club finit à la deuxième place mais il remporte son trophée européen avec la Coupe des Pays-Bas. L’Europe commence à voir ce que ce jeune prodige est capable de faire.

Désireux d’aller dans un plus grand club, il rejoint en juillet 1996, le FC Barcelone pour une somme record à l’époque de 18 millions d’euros. Ronaldo prend une nouvelle dimension dans l’un des clubs les plus exposés et médiatisés. Comme au PSV, le temps d’adaptation est inexistant pour le crack brésilien et il explose aux yeux des supporters et de l’Europe. Tout le monde voit sa palette technique (dribble, vitesse, force, frappe) qui est supérieure à la moyenne. Lors du match contre Compostelle, Ronaldo récupère le ballon du rond central, fait une course de 35 mètres, élimine quatre joueurs adverses et marque le but. Comme à son habitude, il finit la saison comme meilleur buteur avec 34 buts et son premier trophée européen en Coupe des coupes face au Paris-Saint-Germain. Cette année remarquable sera récompensée d’un trophée ultime que tout joueur convoite : le Ballon d’or. Il est encore aujourd’hui le plus jeune joueur lauréat du Ballon d’or à l’âge de 21 ans.

Après une saison en Catalogne, direction l’Italie pour le nouveau Ballon d’or, à Inter Milan. Considéré comme le meilleur championnat du monde à cette époque, la Série A regroupe les meilleurs joueurs de la planète : Zidane, Del Piero, Maldini, Baggio, Batistuta… La bataille pour le Scudetto s’annonce rude pour les favoris mais promet du spectacle. À chaque passage dans un nouveau championnat, le brésilien s’assimile très bien à l’environnement. Cette fois il ne fait pas meilleur buteur mais il a marqué les esprits. Et c’est à partir de cet instant que les journalistes lui donnent le surnom de Fenomeno. Il gagne tout de même sa deuxième coupe d’Europe, la Coupe UEFA et termine à la deuxième place du championnat avec l’Inter.
Après le Mondial 1998 auquel il s’inclinera face à la France en finale sous le score de 3-0, Ronaldo rencontre des blessures récurrentes et peine à retrouver son meilleur niveau. Sa plus grosse blessure vient lors de la finale de la coupe d’Italie en avril 2000. Entré en jeu à la 50 ème minute, il s’effondre après une simple accélération, hurle de douleur et se tient le genou droit. Il sera opéré à Paris et sera absent durant une année. Il fait son retour en fin d’année 2001. Pas épargné par les blessures, il revient à temps pour la Coupe du Monde 2002 où il éclabousse de son talent durant toute la compétition en terminant meilleur buteur et surtout champion du monde.
Après son mondial fantastique mondial et cinq années passées en Lombardie et un deuxième ballon d’or remporté, il est transféré au Real Madrid et forme Les Galactiques avec Zidane, Beckham, Figo et Raúl. Cette pléiade de stars planétaires a de quoi faire rêver tous les entraîneurs qui aimeraient les diriger. Jamais champion dans les équipes où il a joué, il remporte enfin un championnat avec le Real Madrid dès sa première saison en terminant meilleur buteur du club comme à son habitude. En Ligue des champions, la mayonnaise ne prend pas. Avec une équipe pareille, on s’attend à des victoires en LDC sur plusieurs années. Il marque six buts sa première saison dont un triplé contre Manchester United dont les spectateurs mancuniens lui ont donné une ovation pour sa prestation, fait rare dans le monde du foot mais ils seront éliminés par la Juve en demi-finale. Les saisons suivantes ne sont pas meilleures. Son passage au Real Madrid au niveau collectif ne répond pas aux attentes. L’équipe peine à gagner des titres malgré la rangée de star. Dauphins du FC Barcelone pendant deux années de suite, éliminations en quart de finale et huitième de finale, éliminations en Copa del Rey, les Galacticos ne parviennent pas à dominer comme on pourrait l’imaginer par manque d’équilibre. Ronaldo quitte les Madrilènes durant le mercato d’hiver en 2007 par manque de temps de jeu et rejoint le Milan AC entraîné par Carlo Ancelotti. Son aventure reste un peu mitigée. Même s’il réalise une centaine de buts durant ces cinq années, le manque de titres collectifs laisse un goût amer pour les madridistas.

Son passage au Milan AC reste anecdotique. Entre blessures et passages à vide, le retour en Italie n’a duré qu’un an. Il retourne au pays Brésil et s’engage avec les Corinthians. De retour sur les terrains mais en surpoids, Ronaldo n’a rien perdu de son talent. Personnage principal dans la conquête du titre de champion du Brésil, il est aussi élu meilleur joueur du championnat. Malgré sa volonté de continuer une saison de plus, il prend définitivement sa retraite en 2011 à l’âge de 34 ans en vue de son état physique.
La plus grande star du football marketing
Quand on parle de Ronaldo, on se souvient de sa vitesse éclair, sa façon de dribbler toute une défense dans le camp adverse, ses passements de jambes supersoniques devant les gardiens avant de marquer (il a fait 88 fois). Il pouvait s’adapter à tous les schémas tactiques, jouer dans les petits espaces, marquer et faire basculer le cours d’un match.
Ronaldo a marqué toute une génération qui voulait lui ressembler et reproduire ses gestes dans les cours de récré, dans les quartiers et dans les terrains de foot. Il aura inspiré de nombreux comme Karim Benzema ou Zlatan Ibrahimovic dont ce sont les plus grands fans dans son style de jeu et aura inspiré un grand respect auprès de ses pairs.
On se souvient aussi de ses paires de Mercurial que tout le monde s’arrache notamment les Mercurial R9 de 1998. Les pubs Nike auxquelles il a participé sont aussi iconiques les unes des autres. On notera celle de Airport (1998) et surtout Secret Tournament (2000) avec Eric Cantona en maître de cérémonie mais aussi Thierry Henry, Francesco Totti, Edgar Davis et Luis Figo. On se souvient aussi des célébrations avec ses bras grand ouverts ou son doigt pointé, son grand sourire d’enfant. Et comment ne pas oublier le maillot mythique du Brésil 1998.
Il n’hésite pas à donner son image pour des actions humanitaires. Il est ambassadeur de l’ONU et a déjà participé à des oeuvres caritatives pour l’enfance pour des projets éducatifs, des projets pour le développement contre la pauvreté.
On se demande toujours s’il n’y avait pas toutes ses blessures, est-ce que Ronaldo aurait gagné plus de titres et de Ballons d’or et marqué de plus de buts et rangé parmi les trois meilleurs joueurs de football de tous les temps ? Malheureusement on ne trouvera pas la réponse sur ce “What if ?”. Mais pour la génération d’hier, on sait qu’on a été témoin d’un OVNI qu’on voit qu’une fois dans sa vie et qu’il est et restera le plus grand numéro 9 de tous les temps.

