Après l’annonce surprenante du roi incontesté de la NBA, Michael Jordan, auteur d’un three-peat avec les Chicago Bulls, annonce qu’il prend sa retraite à l’âge de de 30 ans pour cause de fatigue physique et perte de motivation. La place du roi du basket est donc vacante et ça annonce peut être la fin des Bulls era.
Une aubaine pour les équipes qui voient une grande opportunité à saisir leur chance de soulever le trophée et de créer une nouvelle dynastie et un malheur pour Chicago qui voit le meilleur joueur partir vers son premier amour, le baseball, où il va faire une pige en ligue mineure de baseball avec les Barons de Birmingham pour rendre hommage à son père, assassiné en 1993 suite à un cambriolage et qui voyait son fils faire carrière en MLB.
L’équipe reste tout de même une équipe redoutable et difficile à battre avec un Scottie Pippen, lieutenant fidèle de Jordan, qui se voit vêtir le costume de leader et qui explose les compteurs et qui opte pour un jeu calibre MVP, Horace Grant pour protéger le cercle, le rookie européen Toni Kukoc qui avait impressionné lors des JO de Barcelone de 1992 et une équipe toujours coaché par le maître zen, Phil Jackson.
Suite aux victoires des Houston Rockets du double MVP Hakeem Olajuwon sur les deux dernières années (1994 et 1995), les équipes de la conférence Est sont de plus en plus renforcées avec les New-York Knicks de Patrick Ewing, les Pacers d’Indiana de Reggie Miller, la jeunesse d’Orlando Magic de Shaquille O’Neal et Penny Hardaway et le Miami Heat qui monte en puissance. Les Bulls n’ont pas encore abdiqué et continuent à se battre pour reprendre la couronne.
Mais un heureux évènement va changer la donne et peut-être conduire les Bulls à la place qui lui est due.
Le comeback de son altesse
Éliminé en demi-finale des Playoffs par les Knicks après une saison régulière à 55 victoires en 1994 sans Michael Jordan, le public et les spécialistes pensent que c’est la fin de la domination de cette équipe et qu’ils sont à l’aube d’un nouveau cycle. La saison 1994-1995 n’est pas meilleure en termes de résultat mais un événement inattendu vient chambouler le déroulement de la saison : le retour sur les terrains de sa Majesté Jordan.
Après avoir tapé la balle sur les terrains de baseball en ligue mineure, l’information s’est faite dans un communiqué de presse relayé sur plusieurs presses spécialisées en mentionnant sobrement son retour d’un simple : “I’m back”. Le meilleur joueur de la planète revient sur les parquets en mars 1995. Il joue 17 matchs avec 26 points de moyenne, enfile le numéro 45 (le numéro 23 est retiré au moment de sa retraite). Il reprend du rythme et se qualifie même pour les Playoffs. Son équipe affronte les Orlando Magic du jeune Shaquille O’Neal et perd sous un résultat de 4-2 en demi-finale de conférence. Son altesse est bien de retour mais la reconstruction se fera pour la saison prochaine.

Été 95. En plein tournage du film Space Jam, le studio Warner Bros lui accorde un terrain de basket pour s’entretenir et se préparer pour la saison prochaine. Le Jordan Dome est construit et permet à Jordan d’inviter des amis et célébrités entre deux scènes et de jouer des pick up game afin de revenir au top de sa forme. Durant cet été, il a pris en muscle et a ajusté son jeu vers le poste bas où son tir à mi-distance est devenu de plus en plus redoutable.
Le front office n’est pas en reste aussi. Conscient qu’il faut durcir leur défense afin qu’elle soit imprenable suite au départ d’Horace Grant pour Orlando, le management décide donc prendre le risque d’engager l’enfant terrible de la NBA : Dennis Rodman. Après deux années compliquées chez les San Antonio Spurs où l’entente n’était pas au beau fixe, The Worm est le chaînon manquant de l’équipe pour faire le sale boulot en défense. Le trio est rassemblé avec un Jordan au scoring, Pippen en lieutenant de luxe et Rodman pour aspirer les rebonds offensifs et défensifs. De cela, l’équipe reste inchangée et semble plus armée pour reprendre le royaume.

La nouvelle saison régulière reprend de plus belle et ce qu’on peut dire sur cette saison en trois mots : une totale domination. Les Bulls sont bel et bien de retour et ne laissent aucun répit à leurs adversaires. Avec un schéma tactique d’une attaque en triangle orchestrée par Phil Jackson, une défense élite composée par le trio Jordan-Pippen-Rodman, le sniper Steve Kerr qui n’hésite pas à punir à trois points lorsque Jordan est pris par deux adversaires et Toni Kukoc qui fait des merveilles en tant que 6e homme. Cette reconstruction a permis à cette équipe de faire le meilleur bilan de tous les temps avec 72 victoires et 10 défaites en 82 matchs (avant que les Golden State Warriors battent le record en 2016 avec 73 victoires). C’est avec peu de suspense que MJ est élu MVP de la saison mais les Bulls sont aussi primés dans les All-NBA team et All-Defensive team, Kukoc gagne le trophée du sixième homme de l’année et Phil Jackson est récompensé du Coach de l’année en vue de sa saison exceptionnelle.
Maintenant, place aux Playoffs. Les phases finales ne sont qu’une formalité. Ils écrasent leurs adversaires un par un en commençant par un sweep envers le Miami Heat et vont prendre leur revanche sur les Knicks et s’imposer contre les Orlando Magic en finale de conférence Est. Les voilà champions de la Conférence Est et ils vont affronter les Supersonics de Seattle du duo Gary “The Glove” Payton, élu meilleur défenseur de l’année et l’allier fort Shawn Kemp, tout juste champions de la conférence Ouest.
La finale aurait pu être une promenade de santé pour les Bulls. Menés 3-0 sur la Finale NBA, le coach des Pistons décide de placer Payton en confrontation directe sur Jordan et cette stratégie paye car on retrouve un Jordan gêné et limité sur les phases offensives. Les Supersonics reviennent à 3-2 et espèrent une chance d’accrocher un match 7. La légende raconte que Jordan n’a jamais disputé un match 7 en Finale NBA de toute sa carrière. Et cela se confirme car Chicago remporte la victoire avec les 22 points de His Airness lors du match 6 décisif.

Le 16 juin 1996 fera date car les Bulls car le trophée Larry O’Brien et c’est surtout une date symbolique car aux États-Unis, c’est le jour de la Fête des Pères. Après le coup de sifflet final, Jordan devient champion trois ans après l’assasinat de son père. On voit un Jordan qui s’effondre et serre le ballon contre lui comme si un être cher lui manquait.
Dans la légende
Comme est inscrit sur le t-shirt de Ron Harper lors de la remise du trophée : “72-10 don’t mean a thing without the ring”. Oui, la domination est totale sur tous les aspects du jeu.
Trente ans après, on en parle encore même si le record est tombé par les Warriors de 2016 mais sans la bague à la fin (la faute à un LeBron James qui n’avait pas dit son dernier mot).
Les Bulls sont placés au rang de rockstar avec un Jordan qui a placé et a rendu le basket cool à l’échelle internationale. Avec un bilan total de 87 victoires et 13 défaites (saison régulière et playoffs inclus), Chicago a rendu une copie parfaite au niveau collectif, physique et mental. C’est le début d’un second three-peat qui mettra définitivement Jordan, Pippen et Rodman à la table des légendes absolues du basket.
Classé parmi les plus grandes équipes all-time, ces Bulls de 95-96 ne sont pas prêts à donner leur première place et ça pour encore quelques années à moins qu’une équipe (OKC peut-être ?) peut encore aller les chercher mais il reste du chemin à faire.

