À chaque fin du championnat de la NBA, les trente équipes font un bilan sportif de la saison écoulée et notent leurs besoins pour se renforcer ou se reconstruire en partant de zéro pour atteindre leur objectif. Pour se renforcer, des équipes vont opérer des trades, c’est-à-dire échanger des joueurs contre des choix de drafts ou compensations financières et d’autres équipes vont miser sur le draft pour trouver leur prodige et construire une nouvelle dynamique autour du joueur.
Par ailleurs, qu’est-ce qu’une draft ? Depuis que j’écris des articles sur des saisons ou joueurs NBA, je mentionne souvent ce mot sans jamais donner une définition. Alors il est temps de donner une petite explication à ce nom.
La draft est l’événement annuel tenu à New-York à chaque fin de saison NBA. Les trentes équipes se réunissent afin de sélectionner les 60 prospects (talents issus du système universitaires ou bien des championnats étrangers) répartis sur deux tours de drafts. Le but de la draft est de permettre aux équipes dites faibles de recruter les meilleurs jeunes talents afin d’équilibrer l’esprit compétitif de la ligue.
Il existe plusieurs anecdotes assez iconiques qui font la légende de la soirée de la draft. Par exemple, dans le cas le plus récent, Nikola Jokic, champion NBA avec les Denver Nuggets en 2023 et 3 fois MVP, a été sélectionné au second tour de la draft 2014 (41e place) pendant d’un spot publicitaire. En 1969, les Phoenix Suns et les Milwaukee Bucks ont joué leur avenir sur un pile ou face pour récupérer le premier choix. Et c’est les Bucks qui remportent la mise et embarquent avec eux le pivot légendaire Kareem-Abdul Jabbar et qu’il seront champions NBA deux ans plus tard, en 1971. Et pour finir, l’échange entre les Hornets de Charlotte et les Lakers de Los Angeles pour acquérir le jeune lycéen Kobe Bryant et vous connaissez la suite.
Bien sûr, il existe des drafts historiques comme celle de 1985, 2003 ou bien de 1996. Mais la draft que je vais évoquer est l’une des plus marquantes de l’histoire. Des titres, des joueurs légendaires et des trophées individuels à gogo permettent de classer cette promotion comme la plus grande cuvée jamais existante.
Une classe d’exception
Dans les années 80, après une période de transition compliquée, la NBA commence à remplir les stades et à retrouver l’intérêt des spectateurs dû au retour de la rivalité Celtics-Lakers représenté par Larry Bird et Magic Johnson (Bird vs Magic). La Grande Ligue commence à s’internationaliser grâce à son commissioner David Stern qui va faire le grand ménage en supprimant toutes les addictions en imposant des contrôles anti-dopages aux joueurs pour lisser l’image de la NBA et en instaurant le salary cap pour équilibrer les forces des équipes.
Bien que la NBA reprend de plus belle, il faut plus miser sur les stars individuelles qui vont apporter une plus-value à la ligue et cette année, la soirée de la Draft s’annonce prometteuse au vu des talents annoncés et quelques profils sortent du lot.
Olajuwon, comme une évidence
Dans une NBA dominée par les pivots, la classe de 1984 n’échappe pas à la règle et une équipe sait exactement ce dont elle a besoin et pourrait se pencher vers un profil qui ferait la destinée de la franchise.
Les Houstons Rockets qui se trouvent à la dernière place de leur conférence et l’un des pires bilans de la ligue (29 victoires et 53 défaites) après le départ de leur ailier-fort emblématique Moses Malone pour les Sixers et une finale NBA face aux celtics en 1981 (défaite 4-1), ont acquéri le premier choix de draft et le premier choix est promis à un talent générationnel.
Hakeem Olajuwon, issu de l’université de Houston, serait choisi logiquement par les Rockets pour donner un nouveau souffle et former un duo infranchissable avec Ralph Sampson drafté l’année d’avant. Redoutable en défense, mobile et doté d’un footwork impeccable avec sa grande taille (2,25m), Hakeem est peut-être le nouvel homme fort de la franchise qui mettra la franchise comme une place forte de la NBA.
Jordan, l’esprit conquérant
Après avoir passé trois années à North Carolina et remporté le titre NCAA, Michael Jordan va inscrire son nom à la Draft de cette année. Arrière scoreur et impérial sur les côtés du terrain (attaque et défense) et doté d’un athlétisme ahurissant avec une vitesse de pointe dévastatrice , il serait impossible qu’il ne soit pas choisi comme numéro 2 lors de cette soirée. Ce sont les Blazers qui ont le choix numéro 2 et ils vont faire le choix de ne pas le sélectionner étant donné qu’ils ont déjà un arrière de la même carrure en la personne de Clyde Drexler. Ils vont porter le choix sur le pivot Sam Bowie.
C’est alors que Jordan va poser ses valises à Chicago. Les Bulls sont l’une des pires équipes de la Ligue, font table rase et parient sur le futur. Est-ce que les Bulls s’en sortiront de ce marasme en misant sur le jeune rookie ?

Barkley, la force brute
Les Sixers de Philadelphie, qui ont fini à la seconde place de la Conférence Est derrière les Celtics de Bird, disposent d’un roster impressionnant avec Moses Malone, Julius Erving et Maurice Cheeks. Champions en 1983 et éliminés au premier tour des Playoffs l’année suivante, Phily va renforcer dans les postes intérieurs et se penche sur le jeune ailier-fort aux caractéristiques atypiques, Charles Barkley.
Mesurant 1,98m et pesant 115 kg, le nouveau rookie de Philly ne correspond pas aux standards du poste d’ailier-fort. Il compense ce manque de taille par une ténacité et une agressivité aux rebonds offensifs et défensifs, d’une grande agilité et vitesse et de bonne lecture de jeu pour anticiper les attaques adverses. 5ème choix de draft, Philadelphie a le choix de le prendre pour ses qualités intrinsèques et ajouter plus de férocité et peut-être retrouver les sommets dès sa première année dans la Grande Ligue.

John Stockton, monsieur tout le monde
Depuis son déménagement de la Nouvelle-Orléans vers Salt Lake City, le nouvel Utah Jazz refait son apparition aux Playoffs après des années d’absences. Sous la houlette de Adrian Dantley, la nouvelle franchise semble reprendre des couleurs. Un parcours jusqu’en demi-finale de conférence ouest contre les Phoenix Suns et le Jazz peut-il retenter le même parcours la saison prochaine. Lors de la Draft, le Jazz va porter son choix vers un meneur.
Faisant 1,85 m et ayant un physique normal, John Stockton peut paraître comme un joueur banal en sortie de banc mais les apparences peuvent être trompeuses. Sous ses airs de banquier, l’ancien de Gonzaga est un meneur redoutable. Constant et distributeur hors pairs, il peut donner des points faciles à ses coéquipiers. Malgré sa taille moyenne pour un joueur NBA, il sait jouer de son physique et il est dur sur l’homme grâce à ses coup de vices dont lui-même a le secret.

Une promotion légendaire et inégalable
Les années passent et cette classe de Draft de 1984 est considérée comme la meilleure promotion de l’histoire. Elle fait concurrence avec celles de 1996 et de 2003 pour certains mais il est impensable que ces deux classes surpassent celle de 1984. Mais qu’est-ce qui fait cette promotion si spéciale ?
Un quatuor de légendes absolues
Bien que Michael Jordan soit logiquement élu rookie de l’année parmi les candidats, les quatre profils ont mené leur carrières respectives avec plus ou moins de succès. Tous sont intronisés au Hall of Fame, trois de ces quatre membres ont participé à la fameuse équipe de la Dream Team de 92 (Jordan, Barkley et Stockton) et les quatre anciens basketteurs font partie des meilleurs joueurs de tous les temps.
Les quatre fantastiques ont survolé leur carrière mais le mystère Sam Bowie plane toujours après toutes ces années. Celui qui a été sélectionné en numéro 2 par les Blazers avant Jordan a connu une trajectoire différente à celle des quatre autres car il n’aura pas connu le même succès dûs aux blessures récurrentes durant son passage en NBA. Il porte l’étiquette d’un des plus gros gâchis de l’histoire de ce sport.
Un palmarès collectif inégal
Il faut dire que cette classe tient le plus gros palmarès qui donne le tournis :
- 8 titres NBA (6 pour Jordan et 2 pour Olajuwon)
- 7 trophées de MVP (5 pour Jordan, 1 pour Olajuwon et 1 pour Barkley)
- Des sélections All-Star chaque année
- Titres olympiques
Cette cuvée a littéralement changé la face du basket mondial au niveau statistique et impact international. Jordan, Olajuwon et Barkley font partie des 50 meilleurs marqueurs de la NBA, Stockton est le meilleur passeur de l’histoire avec plus de 15 000 passes décisives, un record qui reste infranchissable, Barkley est dans les 50 meilleurs rebondeurs d’où son surnom “The Round Mound of Rebound” lui a collé à la peau et pour finir Olajuwon est le meilleur contreur de tous les temps avec 3 contres par match en moyenne ( à moins que Victor Wembanyama vienne titiller ce record dans le futur).
Et avec à l’avènement de Michael Jordan qui a régné sur le basket sur les années 90 notamment sur les ventes de sa ligne de chaussures, Jordan Brand (Jordan Brand), la NBA a changé de dimension en passant d’une ligue en difficulté financière en phénomène culturel mondial.
Certifiée comme la meilleure classe de sa génération, quelle autre promotion peut l’égaler ou même la dépasser dans un futur proche ? Celle de 1996 avec Kobe Bryant, Allen Iverson et Ray Allen. Ou celle de 2003 avec LeBron James que l’on considère comme le futur Jordan, Dwyane Wade et Carmelo Anthony. Ou pourquoi celle de 2018 ? Seul le temps nous dira si la draft 1984 gardera son trône.

