Pulp Fiction : Gun, Drugs & Violence

Des gangsters en pleine réflexion existentielle, un boxeur en fin de carrière et un couple de braqueurs qui fait un dernier case avant de raccrocher. Ce film n’est pas un nouveau Scorsese ou De Palma mais bien le nouveau synopsis du jeune prodige du cinéma indépendant américain qui commence à se faire un nom dans le cinéma hollywoodien en la personne de Quentin Tarantino. Après avoir marqué un coup d’essai avec son premier film sorti en 1992 Reservoir Dogs, un film où des braqueurs sont à huis clos après un braquage qui a mal tourné et qui se retrouvent à jouer au chat et à la souris, le jeune prodige revient donc avec un nouveau long-métrage qui pourrait choquer le monde du cinéma avec un casting cinq étoiles : John Travolta, Samuel L. Jackson, Bruce Willis et Uma Thurman pour les nommer parmi d’autres. Nom de code : Pulp Fiction. 

D’employé de Vidéoclub à prodige du cinéma indépendant

Avant d’être le réalisateur en vogue, Quentin Tarantino, né le 27 mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee, était un employé d’un vidéo club durant plusieurs années après avoir abandonné le lycée. Ayant pas fait d’école de cinéma, il puise ses connaissances grâce aux ressources illimitées du magasin. Western, cinéma étranger, films de gangsters, ce sont tous ces genres qui vont inspirer son cinéma et vouer une véritable admiration pour le 7ème art. C’est à partir de cette période-là qu’il commence donc à écrire des scénarios afin de les vendre aux studios hollywoodiens. C’est en 1992 qu’il sort son premier film : Reservoir Dogs. Ce film nous plonge dans une ambiance de chaos à la suite d’un braquage de banque raté. Tarantino marque donc un premier pas dans le monde du cinéma et on aperçoit déjà le style Tarantino : une narration non linéaire, des dialogues stylisés, des références à la culture populaire (comme la scène du restaurant où la bande de truands parle de Madonna et de l’analyse de Like a Virgin entre autres) et bien sûr son penchant pour la violence et son langage vulgaire qui seront sa marque de fabrique dans chacun de ses films. Avec un budget de 2 millions de dollars à la production, le film a donc rapporté 20 millions de dollars dans le monde entier mais a aussi reçu de nombreux prix dans des festivals internationaux, ce qui lui a valu d’être sous le feu des projecteurs. 

Après le succès de son premier film, Tarantino se penche alors sur son deuxième long-métrage afin de mettre tout le monde d’accord et qu’il peut donc consolider sa place dans la planète Hollywood. Mais alors comment convaincre les studios de cinéma de laisser la mainmise sur un réalisateur avec peu d’expérience et qui n’a pas fait d’école de cinéma ? Difficile à croire lorsqu’on vient de sortir un film coup de poing avec si peu de moyens comme Reservoir Dogs. Et pourtant c’est le studio Miramax qui va lui accorder sa confiance pour mettre en scène son second long-métrage et lui attribuer un budget plus conséquent par rapport au précédent. 

Un monde nommé Pulp Fiction

Comment faire mieux que son premier film ? Est-ce que le prochain aura le même succès que le précédent ? Aura-t-il une critique unanime et le succès tant attendu ? Tant de questions se posent pour beaucoup de réalisateurs lorsqu’il s’agit d’un deuxième film où tout le monde se demande si c’était un coup de chance ou bien du talent pur. 

C’est alors que vient son deuxième film Pulp Fiction. Qu’est-ce que ça raconte ? 

Pour introduction, la première scène nous envoie dans un café-restaurant avec un couple de braqueurs, Pumpkin et Yolanda, qui s’interrogent sur les risques de ce métier mais décident de faire un dernier coup malgré les conséquences. Ensuite, le film nous transporte vers la jungle de Los Angeles avec trois histoires qui s’entremêlent : 

  • Vincent Vega et Mia Wallace : Vincent Vega, un tueur à gage, doit s’occuper de Mia Wallace le temps d’une soirée.
  • The Gold watch : Butch Coolidge, un boxeur en fin de carrière qui prend la fuite auprès de ses poursuiveurs n’ayant pas respecté ses engagements.
  • The Bonnie Situation : Après un meutre accidentel, Vincent Vega et Jules Winnfield doivent se sortir de cette situation délicate et font appel à un professionnel en la matière en la personne de Mr Wolf.

La touche dans ce film est sa narration non linéaire qui est plus appuyée par rapport au précédent film. Malgré l’entremêlée des histoires, on ne perd pas le spectateur avec des explications farfelues ou des scènes irréalistes. Les dialogues sont percutantes avec des références à la culture populaire comme en témoigne la discussion entre Vega et Winnfield sur son voyage à Amsterdam et l’appellation du Quarter Pounder with cheese en Europe (Royale with cheese) et entre autres, des scènes iconiques qui ont marqué les esprits de toutes les générations comme la scène entière de l’appartement où Jules Winnfield fait un verset biblique avant d’exécuter sa victime. 

Mais que pour le film soit iconique, il restait à cocher une case : 

  • Scénario exceptionnel ? ✅
  • Réalisateur innovant ? ✅
  • Casting légendaire ? 🤔

Pour la dernière case, il fallait bien choisir les acteurs et actrices pour ces rôles et faire vivre ces personnages. Pour cela, quel serait le choix le plus judicieux ? Prendre des acteurs les plus en vogue ou bien des acteurs à la recherche d’un nouveau souffle dans leur carrière ?

Avec un budget de 8,5 millions de dollars à la clé, le choix du casting devrait être le plus cohérent pour comprendre la psychologie des personnages et l’univers du film. Faisons un tour sur les personnages principaux et leurs interprètes : 

  • Vincent Vega : personnage principal du film, c’est un tueur à gage qui fait son retour dans la ville du cinéma après avoir erré en Europe pendant plusieurs années. Le rôle du tueur à gage était initialement prévu pour le regretté Michael Madsen qui connaît bien le réalisateur après avoir joué le repris de justice sadique Mr. Blonde dans son précédent film mais cela n’a pu se poursuivre faute d’agenda. C’est alors que le rôle reviendra donc à John Travolta, connu pour ses rôles sur Grease ou la Fièvre du Samedi Soir, dont sa carrière est en déclin à ce moment-là. La légende dit que pour rendre son interprétation de tueur toxicomane le plus crédible possible, Travolta se rend chez une connaissance de Tarantino afin de prendre connaissance des sensations de l’héroïne.  
  • Mia Wallace : la touche féminine du film. Elle est la femme du chef de la pègre de Los Angeles, Marcellus Wallace, mais elle aussi une comédienne en devenir qui aime s’amuser mais sa carrière peine à décoller. C’est un personnage qui est à la fois mystérieux et insaisissable. D’autres actrices étaient pressenties pour le rôle de Mia Wallace comme Michelle Pfeiffer ou Meg Ryan par exemple mais c’est finalement Uma Thurman qui rafle le rôle malgré son refus initial. 
  • Jules Winnfield : l’acolyte de Vincent Vega. Il est le penchant philosophique et spirituel du duo en plus de l’humour et du charisme. Il a pour habitude de réciter un verset de la Bible avant d’exécuter ses victimes. Pour interpréter ce rôle iconique, Quentin Tarantino fait donc appel à Samuel L. Jackson qui a déjà fait des petits rôles chez des grands réalisateurs comme Spike Lee (Jungle Fever, Do the Right Thing) et Martin Scorsese (Les Affranchis). 
  • Butch Coolidge : le boxeur dont sa fin de carrière est imminente, il gagne sa vie en faisant des petits arrangements de matchs pour les parieurs. Cependant cet arrangement prend une autre tournure lorsqu’il tue son adversaire lors de son combat. Ce rôle contre-emploi a permis à Bruce Willis d’explorer une nouvelle facette de son jeu et de casser l’image d’action hero qu’on a pu voir dans certains films notamment la trilogie Die hard (le 4 et le 5 n’existent pas bien entendu 😉).

Si les personnages principaux ont tenu haleine tout au long du film, que dire des seconds rôles tout aussi marquants et qui tiennent la dragée haute avec les premiers rôles. On peut évoquer le caïd de la drogue Marcellus Wallace, le nettoyeur Winston Wolf ou la petite amie de Butch, Fabienne. 

Un succès immédiat 

Une fois le tournage terminé et monté, le long-métrage voit le jour le 26 octobre 1994. Dès sa sortie, le film rencontre un franc succès critique et public. Le film rapporte donc 215 millions de dollars dans le monde avec un budget de production de 8,5 millions de dollars ce qui en fait le film le plus rentable de tous les temps. Non seulement le succès a pu redécoller les carrières de John Travolta et de Bruce Willis, classer Samuel L. Jackson au rang de star planétaire mais aussi le film se voit récompensé d’une Palme d’or au Festival de Cannes en 1994, présidé par Clint Eastwood cette année-là. Le film reçoit notamment des nominations pour les Oscars dans les catégories du Meilleur Film, Meilleur Acteur pour John Travolta et Meilleur Second Rôle pour Samuel L. Jackson mais il gagnera seulement l’oscar du Meilleur Scénario. 

Le pari est donc réussi. Son deuxième film est un franc succès, il a remporté des prix prestigieux, a décollé des carrières comme celles de Uma Thurman ou Samuel L. Jackson avec qui ils retravailleront sur d’autres projets comme Kill Bill pour Thurman ou Django Unchained pour Jackson pour donner exemple. 

Un impact générationnel culte

Pulp Fiction aura été estampillé comme un monument du cinéma et aura marqué toute une génération. Grâce à la combinaison de violence, de dialogues percutants, des personnages iconiques et une réalisation innovante, Pulp Fiction a pu contribuer au style unique de Quentin Tarantino alliant modernité et hommage au cinéma classique. De plus, il s’inscrit comme référence populaire grâce à ses scènes marquantes comme celle de Ezekiel 25:17 ou la scène de danse emblématique entre Mia Wallace et Vincent Vega. Et que de l’affiche emblématique inspirée des magazines de pin ups des années 40-50 avec une Uma Thurman transformée en femme fatale avec une cigarette à la main et munie d’un pistolet et sans oublier bien sûr l’air de la musique d’ouverture du film qui sera légendaire. Cet air à allure grec vient de la chanson Misirlou de Dick Dale et sera repris par des millions de musiciens en herbe. La bande sonore est une ode à la musique américaine des années 60-70 avec de la soul, de la funk, de la “surf music”. On y retrouve du Al Green, Dusty Springfield, Kool & The Gang et Chuck Berry.

Après plus d’une trentaine d’années après sa sortie, Pulp Fiction influence et influencera toujours de nombreux cinéastes et son empreinte se fait ressentir à travers la nouvelle génération de réalisateurs. 

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