Karim Benzema 2022 : la saison d’une vie

Être le lieutenant d’un des plus grands joueurs de l’histoire du football, participer au renouveau d’un club prestigieux voire considéré comme le plus grand club de l’histoire, former l’un des meilleurs trios d’attaque, être l’un des principaux protagonistes d’un triplé historique en Coupe d’Europe et faire partie des meilleurs buteurs de l’histoire de la compétition. Ça fait rêver mais c’est ce qu’a réellement vécu le fantastique Karim Benzema lors de son passage au Real Madrid durant 14 ans. C’est à Lyon qu’il découvre le foot professionnel, martyrise les défenses adverses, découvre les grandes soirées européennes du mardi ou mercredi soir, rafle les titres et récompenses. Le jeune prodige affole les grands clubs dont Manchester United dont le manager de l’époque Sir Alex Ferguson le voulait absolument après l’avoir observé lors du match OL-Manchester lors d’un match de Ligue des Champions. Mais c’est bien le Real Madrid qui viendra le recruter lors de l’été 2009 en même temps que Cristiano Ronaldo, le meilleur joueur du monde du moment, mais aussi Kakà et Xabi Alonso. Ce recrutement de haute-volée a de quoi ravir les socios du club et entrer dans une nouvelle ère : les Galactiques 2.0. L’unique objectif de cette nouvelle ère est de remporter la Decima c’est-à-dire soulever le trophée de la Ligue des Champions pour la 10ème fois. Un objectif atteint lors de la campagne en 2014 et un triplé historique en 2016, 2017 et 2018 qui assoit sa domination sur la scène européenne. 

Mais en 2018, un événement vient troubler la dynamique du groupe. Cristiano Ronaldo, meilleur buteur de l’histoire du club et l’un des meilleurs joueurs voire le meilleur du club, quitte le club après 9 ans de service au sein de l’antre de Santiago Bernabeu pour rejoindre l’Italie plus précisément la Juventus Turin. Comment le club va-t-il gérer l’après Ronaldo, lui qui plantait une cinquantaine de buts par saison et le club sera-t-il une bête blessée après une telle déconvenue ? Qui aura les épaules pour être l’atout offensif numéro un du plus grand club du monde ? 

Un seul homme peut supporter cette pression et va le prouver de la plus belle des manières en donnant sa saison la plus spectaculaire. 

Seul contre tous : la plus belle des batailles

Depuis le départ de Ronaldo en 2018, le club semble construire un nouveau cycle sans chambouler celui en cours. Les arrivées des jeunes prodiges brésiliens Vinicius Junior, Rodrygo Goes, de la pépite de la Castilla, le centre de formation madrilène, Federico Valverde et la muraille belge Thibaut Courtois semblent confirmer cette tendance. Le socle qui a fait le succès du Real depuis des années Modric-Casemiro-Kroos-Bale-Benzema-Marcelo reste en place et l’arrivée en 2019 d’Eden Hazard en provenance de Chelsea leur permet de rester compétitif. Sur le papier, tout semble cohérent avec les ambitions du club : gagner tous les titres possibles mais la réalité paraît différente. 

Peu de trophées majeurs sont remportés sur les trois dernières années après le sacre européen en 2018 (champion d’Espagne en 2020), éliminations en huitièmes de finale et demi-finale lors des trois dernières éditions de la LDC, les recrues ne donnent pas entière satisfaction : Vini Jr et Rodrygo sont encore en apprentissage, Eden Hazard n’a pas le même rendement qu’il avait à Chelsea, les figures emblématiques vont vers d’autres horizons : Sergio Ramos, capitaine de l’équipe et en fin de contrat, s’en va au PSG en 2021, Raphaël Varane s’engage avec Manchester United et Gareth Bale, non content de sa situation au club madrilène, fait son retour en Premier League chez les Spurs de Tottenham en prêt. Et pour couronner le tout, Zinedine Zidane, l’auteur du triplé en LDC, quitte le navire en fin de saison 2020-2021. C’est alors qu’un ancien de la maison va revenir pour donner une nouvelle dynamique : Mister Carlo Ancelotti. La légende italienne qui a tout gagné partout où il est passé, fait son retour à la Maison Blanche après des passages mitigés au Bayern Munich, Napoli et Everton

Karim continue à enchaîner les buts saison après saison. Il est celui qui porte l’attaque madrilène depuis le départ de CR7 et il l’assume complètement. Soutenu par Vini Jr qui commence à prendre confiance à son football avec l’arrivée d’Ancelotti et le jeune Rodrygo qui prend aussi ses repères, Benzema affirme qu’il est en pleine possession de ses moyens sans oublier son retour en équipe de France pour l’Euro 2021 après des années d’absences où le trio Benzema-Mbappé-Griezmann fait des merveilles malgré l’élimination surprise aux tirs au but en huitièmes de finale contre la Suisse. 

Maintenant place à la saison 2021-2022. Avec les renforts de David Alaba (transfert libre) et Eduardo Camavinga (transfert de 35 M€ en provenance du Stade Rennais) pour redoubler les postes au milieu et en défense, le Real domine le championnat espagnol avec une victoire à la clé contre le FC Barcelone au match aller (victoire de 2-1) et une sévère défaite au match retour (4-0). Ce n’est sans suspense que le Real remporte le championnat, leur 35e titre, avec 13 points d’avance sur son dauphin (FC Barcelone) et on ajoute à cela une Supercoupe d’Espagne acquise en début d’année 2022 face à l’Athletic Bilbao une victoire 2-0. Benzema est récompensé du titre de meilleur joueur de la Liga ainsi que du titre du Pichichi, le titre du meilleur buteur du championnat avec 27 buts à son actif. 

Mais qu’en est-il de la coupe européenne ? Le Real va-t-il reconquérir le Graal, le titre qui leur tend les bras depuis leur dernier sacre en 2018 ? 

Un statut de légende à confirmer

La Ligue des Champions est la Madeleine de Proust pour le club madrilène. Recordman de la compétition avec 13 coupes d’Europe, il est à chaque édition soit grand favori soit vainqueur. L’édition 2021-2022 réservera-t-elle des surprises ou répétera le même schéma ? 

Tombé sur un groupe relativement à leur portée, le Real se qualifie facilement pour la phase finale en étant premier de leur groupe en essuyant qu’une seule défaite. 

Place à la phase finale de la compétition. Et le tirage au sort ne facilite pas les madrilènes car ils joueront le Paris-Saint Germain, grand favori pour cette année avec le mercato XXL effectué durant l’été 2021 : Gianluigi Donnarumma, Sergio Ramos, Nuno Mendes, Achraf Hakimi et Lionel Messi , arrivé gratuitement du FC Barcelone avec qu’il a tout raflé, va former un trio de choc avec Kylian Mbappé et Neymar. Défait 1-0 à aller au Parc des Princes avec l’unique but de Mbappé, le Real doit impérativement s’imposer par 2 buts d’écart s’il veut passer au tour suivant. Avec l’ouverture du score de Mbappé dans les 30 dernières minutes, la qualification semble actée pour le PSG sauf qu’un seul homme n’a pas dit son dernier mot. En effet, avec les entrées de Camavinga et de Rodrygo qui vont changer le cours du match, Benzema répond à Mbappé en ramenant le score à 1-1. Peut-être qu’une lueur d’espoir a éveillé les joueurs madrilènes ? Quelques minutes plus tard, Modric récupère un ballon perdu par Neymar, se lance dans un raid solitaire encerclé par quatre joueurs parisiens, arrive à décaler Vini Jr qui lui la redonne et Modric lance une passe merveilleuse à Benzema qui déclenche une frappe qui rentre dans les filets. 2-1. Le Real exulte et croit à l’exploit. Deux minutes plus tard, Marquinhos renvoie maladroitement la balle vers Benzema qui n’a plus qu’à la placer au fond des filets. 3-1. Score final. Le Santiago Bernabeu explose, le Real est qualifié pour les quarts de finale grâce au triplé du héros Benzema et élimine à lui tout seul le PSG qui avait encore la qualification au bout des pieds. 

Quart de finale. Le Real affronte le champion d’Europe en titre : Chelsea. C’est au stade de Stamford Bridge que le premier acte va commencer. Et l’homme de la situation va encore frapper : le Nueve claque un triplé, son deuxième en deux matchs. Et le club repart avec la victoire (3-1) et de quoi donner confiance pour le match retour. Le retour à Bernabeu tient toute sa splendeur. Menés quasiment sur toute la partie, l’élimination entrevoit la lumière aux yeux des Madrilènes mais un match dure 90 minutes et rien n’est impossible. Ancelotti lance un coup de génie : refaire le même coup qu’au PSG. Il lance Camavinga et Rodrygo et ils changent la physionomie du match. Le jeune brésilien relance totalement le match en marquant dans les derniers instants du match. Égalité parfaite sur l’ensemble des matchs, le sort se conclura lors des prolongations. C’est alors que le numéro neuf français surgit pour marquer le but qu’il fallait pour passer le tour suivant en ce début de prolongation. Le score en reste là, une défaite 3-2 mais suffisant pour accéder aux demi-finales. 

Maintenant c’est un gros choc que toute l’Europe attend. Manchester City vs Real Madrid. Deux mastodontes du foot européen. Pep Guardiola vs Carlo Ancelotti, deux entraîneurs légendaires. L’objectif est clair : accéder à la finale qui aura lieu au Stade de France. Au match aller, le choc des titans tient ses promesses. Les deux équipes ne se lâchent pas d’une semelle, City tient le choc mais le Real peut toujours compter sur ses ressources pour revenir au score. Malgré la défaite, les Madrilènes peuvent toujours espérer une finale et avec un Benzema en forme (encore auteur d’un doublé dont une panenka de sang-froid sur pénalty), tout peut arriver en un instant. Match retour. À 90 minutes ou plus d’une place en finale, City tient le score et se voit assister à leur deuxième finale de leur histoire. Tant que le coup de sifflet final n’a pas encore sifflé, le Real ne baissera pas les bras. Et dans les derniers instants du match, Ancelotti applique sa formule magique qui fait tant de merveilles durant cette campagne : les entrées de Camavinga et de Rodygo. Et cette formule n’a pas de défiance, les deux joueurs changent carrément le destin du match et c’est Rodrygo qui va de son doublé pour envoyer les deux équipes en prolongation et l’inévitable Benzema marque le but qui va désillusionner City. Fin du match. Le stade explose de joie et le Real participe à sa cinquième finale depuis la Decima en 2014. 

Ça sera contre le Liverpool FC de Jürgen Klopp que le Real va chercher sa quatorzième étoile. La revanche de 2018 prendra donc place au Stade de France. Le trio Salah-Mané-Firmino pourra-t-il faire face aux assauts du duo Benzema-Vini Jr ? Sur le papier, cette finale semble alléchante mais on ne va pas se mentir, à part le but de Valverde inscrit à la deuxième période, on ne retient pas grand-chose de cette finale. L’arbitre siffle la fin du match et le Real gagne la Coupe aux grandes oreilles pour une quatorzième fois de son histoire . 

L’accomplissement d’un travail acharné

Meilleur buteur et MVP de la LDC. Meilleur joueur et Pichichi de la Liga. Durant cette saison, Karim Benzema a trouvé une seconde jeunesse et a porté l’offensive à lui tout seul. 44 buts en 46 matchs, on connaît ses talents de buteur mais c’est aussi un sacré distributeur, il a délivré 15 passes décisives dans la saison. Tout le monde le reconnaît que Benzema a mené une saison titanesque sur tous les fronts et il est le seul favori pour le titre suprême dont il rêve depuis le début de sa carrière. 

La récompense d’un travail sans relâche surviendra le 17 octobre 2022 lorsque Benzema sera élu Ballon d’or aux côtés de l’une de ses idoles Zinedine Zidane et qu’il qualifie ce ballon d’or comme “le ballon d’or du peuple”. Il est le quatrième français à obtenir cette récompense avec Raymond Kopa, Michel Platini et Zidane. Il rejoint une pléiade de légendes de cette liste. 

Il fait une dernière saison honorable dans son club de rêve sans trophée majeur auréolé d’une vingtaine de buts avant de partir pour l’Arabie Saoudite en 2023. Il sera sélectionné pour la coupe du monde 2022 mais malheureusement il ne participera pas à l’épopée française pour cause de blessure qui le contraint à quitter l’aventure. Il prendra sa retraite internationale à la suite de cette coupe du monde. 

De jeune prodige venu du centre de formation de l’OL à une légende européenne, Karim Benzema a connu les hauts mais aussi les bas comme ses débuts difficiles au Real Madrid et les déboires en EDF qui lui a valu moultes débats sur son implication en sélection nationale mais il n’a jamais rien lâché et a su faire à la concurrence qui lui ait imposé et a su faire taire les critiques en répondant sur les terrains et les médias. Il a même réinventé le poste de numéro 9 qui se met au service du collectif et cela s’est avéré payant dans son passage en Europe car tous les attaquants s’inspirent de lui comme modèle pour ses caractéristiques footballistiques. Benzema ne cherche pas la lumière, il veut juste sublimer le jeu comme il a su toujours faire. 

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