Dans le sport, quand on atteint la force de l’âge et une maturité dans son jeu, on peut exploiter la pleine confiance et la pleine possession de ses moyens. Dans le langage sportif, on appelle cela : le prime.
Le prime est défini comme la période où le joueur accomplit des exploits exceptionnels après des longues heures de travail, d’entraînements, de répétitions du gestes que ce soit au point artistique ou sportif. On dit que cette période de prime commence à 27-28 ans et dure en moyenne entre 3-4 ans pour le commun des mortels.
On a bien vu le prime de Michael Jackson qui dominait les charts du monde entier avec la trilogie Off The Wall/Thriller/Bad, celui de Messi/Ronaldo qui se battaient en duel pour être le meilleur joueur du monde, le prime de Michael Jordan qui empilait les points et les trophées et Jay-Z qui enchaînait les albums numéros 1 à la suite et celui de LeBron James qui n’en finit pas. Quand on est dans son prime, tout ce qu’on touche, se transforme en or.
Alors lorsqu’on devient inarrêtable, c’est le moment adéquat d’aller chercher les récompenses collectives et individuelles et d’inscrire son nom dans le panthéon des légendes de son sport et c’est que James Harden a mis en tête pour aller son dû.
Avec un équipe bien entourée et que chaque joueur connaisse leur rôle et un coach qui met en place des schéma tactiques pour être dans les meilleures dispositions, toutes les chances pour être champion sont favorables mais les dieux du sport peuvent être parfois durs et cruels.
Le poids d’un héritage et d’une ville
Houston. Ville peuplée de plus de 2 millions d’habitants, elle est la quatrième ville la plus peuplée des États-Unis. Située dans l’État du Texas avec Dallas et San Antonio, la ville est installée dans le sport en possédant une franchise dans chaque sport populaire aux États-Unis : Football (Dynamo de Houston), Baseball (Astros de Houston), NHL (Aeros de Houston), NFL (Texans de Houston) et Basketball (Houston Rockets).
Les Houston Rockets, franchise créée en 1967, jouent souvent les premiers plans dans la conférence ouest de la NBA. Une première fois finaliste NBA contre les Celtics de Larry Bird en 1981 avec la légende Moses Malone, les texans misent un rookie lors de la légendaire Draft de 1984 en première position Hakeem Olajuwon qui va leur faire changer de dimension. Hakeem “The Dream”, pivot de 2,13m, est un talent générationnel. Doté d’une grande mobilité pour sa grande taille et d’une défense élite, il était imprenable dans la raquette grâce son move : le Dream Shake, un mouvement dans lequel le joueur attrape le ballon dos au panier, feinte dans une direction pour tromper son adversaire et repartir tranquillement de l’autre côté. Ce move est l’un des moves indéfendables de l’histoire de la NBA. Double champion en 1994 et 1995, MVP des finales en 1994 et 1995 et MVP de la saison régulière en 1994, Hakeem s’est forgé une légende au sein de la franchise.
Dans les années 2000, le duo Yao Ming-Tracy McGrady fait rêver sur le papier. Réguliers en saison mais inconstants lors des campagnes de playoffs. Durant leur passage dans le Texas, le duo n’a passé qu’une seule fois le premier tour de playoffs.
Dans les années 2010, Houston est en pleine reconstruction et a besoin d’un nouveau souffle pour revenir sur le devant de la scène de la NBA. C’est alors que la franchise jette son dévolu sur un jeune talent qui veut exprimer son talent et porter à lui seul le poids d’une franchise. Et le dévolu se nomme James Harden.
Retour aux racines texanes
Né à Los Angeles le 26 août 1989, James Harden commence sa carrière universitaire dans l’Arizona avec les Sun Devils. Après une première année d’apprentissage, sa deuxième année est nettement meilleure au niveau statistique et s’inscrit à la Draft de 2009 qui compte Blake Griffin, Steph Curry, DeMar Derozan et Ricky Rubio. Il est sélectionné en troisième position par l’Oklahoma City Thunder où il évolue aux côtés de Russell Westbrook et Kevin Durant. Ce trio fait des merveilles à OK. On a Westbrook le meneur supersonique, Durant l’ailier létal et Harden, le sixième homme où il sera élu meilleur sixième homme en 2012. Ils participent tous les trois à leur première finale face au Miami Heat de Lebron James, Dwyane Wade et Chris Bosh qui les battent sous le score de 4-1. Le talent de ce trio de OKC est totalement présent mais un évènement va changer la donne. Lors de l’intersaison de 2012, OKC sécurise l’avenir de Westbrook et Durant mais quid de Harden ? Le numéro 13 demande une extension de contrat max mais la franchise est peu encline à satisfaire cette demande. N’ayant pas trouvé d’accord, l’arrière est donc transféré chez les Rockets de Houston.
À Houston, Harden semble enfin s’exprimer comme franchise player. Toujours présent dans les campagnes de playoffs, Houston n’arrive pas à briser le plafond de verre malgré les arrivées de Jérémy Lin et Dwight Howard lors de ses premières années. Après des échecs en playoffs avec les Golden State Warriors qui leur barrent le passage, Houston décide de frapper un gros coup : le recrutement de Mike d’Antoni. Après son échec cuisant chez les Los Angeles Lakers, l’entraîneur italien avait révolutionné la NBA dans les années 2000 avec les Phoenix Suns avec le run & gun initié par Steve Nash et Amar’e Stoudemire. Le run & gun est une philosophie de jeu qui consiste à jouer rapidement et à tirer à grand volume. Le duo Harden-d’Antoni porte ses fruits car le système convient parfaitement au style de Harden qui s’épanouit pleinement. Avec l’apport et l’expérience de Chris Paul, les Rockets sont bien armés pour aller chercher le titre et faire tomber la dynastie des Warriors. Récompensé d’un MVP de la saison régulière en 2018, Les Rockets sont favoris pour le titre de champion NBA mais c’est sans compter encore une fois les Warriors qui se sont renforcés avec l’ajout de Kevin Durant, venu en 2016 et qui avait besoin de quitter sa zone de confort, qui vont jouer les troubles-fête. Les deux équipes se retrouvent donc en Finale de conférence ouest et l’une des deux équipes aura la chance de jouer contre les Cleveland Cavaliers de LeBron James. Au terme d’un match 7 auquel ne participera pas Chris Paul pour cause de blessure à la cuisse, Houston se fait éliminer malgré les 32 points de Harden mais Golden State a bien profité de la blessure de Chris Paul pour aller en finale et faire le back-to-back.

Un esprit revanchard
À un pied à une finale NBA la saison dernière, Houston veut se renforcer pour passer un cap et entourer son MVP. Leur choix se penche alors sur Carmelo Anthony. Après une saison moyenne à OKC (16 pts/match), il s’envole pour Houston pour se relancer et peut-être aller chercher une bague après sa grande carrière.
La saison débute et elle ne se passe pas comme prévu. Durant les 20 premiers de la saison régulière, l’équipe texane compte 9 victoires et 11 défaites. Un démarrage moyen pour un concurrent au titre. Et la nouvelle vient de tomber : après seulement 10 matchs disputés avec Houston, Anthony et les Rockets trouvent un accord de résiliation de contrat. Cantonné au rang de 6ème homme, l’ancien des Knicks ne s’est pas adapté au système de jeu des Rockets. La saison suit son cours et Harden commence à surperformer par rapport à sa saison MVP.
Durant la deuxième moitié de la saison, le numéro 13 se transforme en superhéros. En janvier 2019, il sort un match titanesque au Madison Square Garden face au Knicks. Il plante 61 points avec 15 rebonds, 4 passes et 5 interceptions pour arracher la victoire face aux New-Yorkais. Celui qu’on appelle The Beard est inarrêtable. Il enchaîne les matchs à plus de 30 points en 32 matchs consécutifs. Fin mars 2019, il enregistre son neuvième match à plus de 50 points dans la saison régulière et il s’agit de son cinq triple-double à plus de 50 points de sa carrière.

Placé à la quatrième place de la Conférence Ouest, Houston se qualifie pour les playoffs et va affronter la jeune équipe des Denver Nuggets du duo Nikola Jokic et Jamal Murray. Une victoire sans appel (4-1) et qui retrouve leurs bourreaux les Warriors de Stephen Curry en quête d’un three-peat, le premier depuis les Lakers de Shaq et Kobe (2000, 2001, 2002). Malheureusement, ce sont encore les Warriors qui s’imposent encore une fois en demi-finale. Une désillusion de plus pour ces Rockets qui voient leur rêve de titre s’éloigner.
Une performance exceptionnelle et une empreinte ancrée dans l’histoire
Avec une moyenne de 36,1 points/match lors de cette saison et une deuxième place au classement du MVP pris par Giannis Antetokounmpo, James Harden était dans une autre sphère. Seul à porter l’équipe texane, il affiche un festival offensif d’exception :
- 57 matchs à plus de 30 points
- 28 matchs à plus de 40 points
- 9 matchs à plus de 50 points
- 2 matchs à plus de 60 points
Ses fameux step-backs à trois points, son contrôle du tempo et sa capacité à provoquer les fautes, sa panoplie offensive du texan est devenue imparable. Il est donc l’archétype du basketteur moderne.
Son héritage dépasse les chiffres. Son style de jeu a redéfini les standards de l’attaque individuelle et sa saison est devenue une référence lorsqu’on évoque les exploits offensifs de l’époque contemporaine. Il continuera à exporter ses talents du côté des Brooklyn Nets, Philadelphia Sixers, Los Angeles Clippers et dernièrement les Cleveland Cavaliers.
Une saison offensive historique jamais produite dans l’histoire de la NBA qui au-delà des titres et récompenses, certaines performances sont impossibles à reproduire.

