Arsenal 2004 : We are The Invincibles

“Il n’est pas impossible de terminer la saison invaincu et je ne vois pas en quoi c’est choquant de le dire »—Arsène Wenger, conférence de presse en 2002

Quand on pense au championnat anglais, on pense aux terrains boueux, des tacles rugueux qui pourraient arracher une jambe, des scores hallucinants mais aussi aux légendes de ce championnat comme Alan Shearer, Georges Best, Bobby Charlton ou Eric Cantona. 

À l’aube de ce siècle, le championnat est devenu une vitrine internationale. Des joueurs et coachs étrangers viennent apporter leurs visions du football, de la technique et de la tactique qui vont totalement changer la perception du football. 

Quatre clubs se dégagent du lot et qu’on appellera plus tard le Big Four : le Manchester United de Sir Alex Ferguson qui domine la terre anglaise avec son quatuor infaillible (Ferdinand, Scholes, Keane et Van Nistelrooy), Arsenal et ses frenchies (Wenger, Henry, Pirès et Viera), Liverpool et son enfant chéri du club Steven Gerrard et pour terminer le Chelsea de Frank Lampard qui veut jouer les trouble-fêtes depuis le rachat du club par Roman Abramovitch en 2003. 

Mais en ces débuts années 2000, une rivalité se consolide autour de ce big four : Manchester vs Arsenal. Wenger vs Ferguson. Vieira vs Keane. Ces deux clubs forts de la Premier League se battent chaque année pour la couronne et donnent des matchs à couper le souffle et qui ravivent les supporters des deux équipes. Après avoir vu son rival glané son trophée de champion en 2003, le club londonien va essayer de produire une chose inédite : être champion sans perdre un seul match. La tâche semble être difficile mais impossible pour le technicien français et le groupe. 

Rien n’est impossible

Cette possibilité d’invincibilité de fin de saison ne date pas d’hier. Champion en 2002 en restant invaincu à l’extérieur, le coach alsacien avait déclaré à ses joueurs qu’il était possible de remporter le championnat sans aucune défaite. Ses joueurs sont stupéfaits par ce discours venu de leur entraîneur et n’y croyaient pas à cette illusion. La saison suivante, en 2003, c’est son rival Manchester United qui leur chipe le trophée. Pas de back-to-back pour cette année mais l’équipe commence à y croire à cette idée d’invincibilité et l’architecte sait exactement comment y parvenir. 

Arsène who ? 

À son arrivée en 1996 sous la stupeur des supporters et qui a fait le fameux titre “Arsène who ?” dans la une du journal du London Evening Standard, Arsène Wenger a transformé Arsenal à une équipe basée sur une défense de fer à une équipe de football offensif. Il fait le un premier doublé championnat-coupe à la saison 1997-1998 et récidive en 2001-2002. Ce regain de forme du club londonien est dûe à une révolution tactique et diététique de la part de l’entraîneur. 

  • Révolution tactique : sur son schéma de 4-4-2, Arsenal joue sur la possession, la vitesse et le mouvement. À la récupération du ballon, l’équipe se projette le plus rapidement possible. Wenger emploie à ce que les joueurs soient polyvalents. Les ailiers sont des armes redoutables et le double pivot au milieu est l’avant-dernier rempart de la forteresse.  
  • Révolution diététique : fini les bières d’après-match et la malbouffe. Place à une alimentation stricte basée de poulet et de poissons, de légumes cuits à la vapeur et une hydratation régulière. 

Ces révolutions passent aussi par des méthodes scientifiques notamment dans la préparation physique, l’analyse de performances des joueurs et l’instauration des kinés spécialisés. Et les résultats portent leurs fruits car l’équipe londonienne est toujours dans les premiers noms à cocher pour remporter le championnat. 

À l’approche de la nouvelle saison et le rêve de remporter le championnat sans aucune défaite, Wenger repart avec quasiment la même équipe qui fait le succès du club et quelques petits nouveaux dont Antonio Reyes du FC Séville pour 20 M€ et Gaël Clichy en provenance de l’AS Cannes. Et l’équipe présentée est en pleine possession de ses moyens et Wenger a son socle de joueurs sur qui il peut compter. 

Thierry Henry, le roi incontesté

À son arrivée en 1999 après une saison en difficulté à la Juventus de Turin, l’attaquant français revit dans le stade de Highbury qui devient son royaume. Ailier de formation, Wenger a eu l’excellente idée de le remplacer dans l’axe en vue de ses qualités de vitesse et de dribbles. Plus de 20 buts toutes compétitions confondues lors de ses deux premières saisons, Henry contribue largement au succès du doublé coupe-championnat en 2002 en inscrivant 30 buts TCC (dont 24 buts en PL). Les fans ont trouvé leur nouveau chouchou et Henry le rend bien en donnant le meilleur de lui-même à chaque match. 

Thierry Henry face à Chelsea en Octobre 2003, source photo : Pinterest

Patrick Vieira, le milieu bâtisseur

Le nouveau capitaine d’Arsenal va prendre son rôle avec beaucoup de responsabilité. Le milieu box-to-box est la pierre angulaire du système de jeu d’Arsenal. Il peut défendre pour protéger son camp ou bien participer à l’attaque en remontant la balle en cherchant la dernière passe ou en marquant un but décisif. Sa présence sur le terrain donne un sentiment de sécurité et sa grande rivalité avec Roy Keane ravit les spectateurs de ce championnat. 

Patrick Vieira, le milieu box-to-box par excellence, source photo : Pinterest

Dennis Bergkamp, l’élégance à la hollandaise

Le hollandais volant ou Iceman sait faire parler de son élégance avec la balle au pied. Passé par l’Ajax Amsterdam et l’Inter Milan, le joueur néerlandais débarque en Angleterre en 1995 avec scepticisme de la part des supporters. Après un temps d’adaptation dans le championnat anglais réputé physique, Bergkamp a su exprimer son talent dans les terrains à un point de devenir un titulaire indiscutable aux yeux de Wenger qui le fait jouer aux côtés de Henry comme second attaquant. Les deux attaquants forment un duo complémentaire et redoutable qu’ils peuvent se trouver les yeux fermés. Iceman a su construire sa légende de l’antre d’Highbury avec un toucher de balle d’une pureté rare, des passes millimétrées et un sens du but de sang-froid.

Le duo complémentaire Thierry Henry-Dennis Bergkamp, source photo : Pinterest

Sol Campbell, le roc défensif

Quoi de mieux que de recruter l’un des meilleurs défenseurs du championnat et même d’Europe à son club ennemi de toujours sans même payer une indemnité de transfert. Et bien ça s’est exactement passé pour le recrutement de Sol Campbell en provenance de Tottenham en 2001. Arrivé libre à Arsenal, le défenseur anglais va apporter de la solidité et de l’équilibre dans l’arrière-garde londonienne. 

Sol Campbell, le gardien de Highbury, source photo : Pinterest

Avec les apports supplémentaires d’Ashley Cole sur le flanc gauche de la défense, Gilberto Silva pour épauler Vieira au milieu, Robert Pires et Freddie Ljungberg pour porter de la vitesse sur les côtés, Arsenal a les armes pour conquérir la couronne et peut-être marquer l’histoire. 

À l’assaut de la couronne

La nouvelle saison débute et l’équipe commence par une victoire 2-1 à Everton. Après les quatre premiers matchs sans aucune défaite, le premier gros test de cette saison se joue à Old Trafford, le théâtre des rêves de Manchester United. Le tenant du titre est prêt à contrecarrer les plans d’Arsène Wenger et son équipe jusqu’au moment fatidique où les mancuniens obtiennent un pénalty dans les arrêts. Heureusement pour Arsenal, le penalty frappé par Ruud Van Nistelrooy est manqué et permet au club de Londres de conserver son invincibilité naissante. 

26 victoires, 12 nuls et zéro défaites

Les journées de match passent et Arsenal est toujours invaincu et y croient dur comme fer de finir le championnat sans défaite comme l’a fait le Milan AC en 1992. C’est alors qu’en ce jour du 25 avril 2004, la prophétie de Wenger se réalise car Arsenal est sacré champion sur la pelouse de son rival historique, les Spurs de Tottenham sous un score nul (2-2) mais le travail n’est pas encore fini.

Restant encore quatre matchs à jouer, les joueurs éprouvent de la fatigue physique et mentale. C’est alors que Wenger sort une phrase qui va ressortir la motivation de ces joueurs : “Nous avons gagné le championnat, mais maintenant, vous avez l’opportunité de devenir immortels ”. Les matchs suivants se transforment en finale qu’importe la manière de jouer. Et la dernière journée sur la victoire contre Leicester, Arsenal devient donc le premier club anglais à être champion en étant invaincu. 

Célébration du titre en ayant fini la saison invaincue, source photo : Pinterest

Pour l’éternité

Cette prouesse s’inscrit pour l’éternité dans l’histoire moderne de la Premier League. Réussir cet exploit revient du miracle pour le championnat est éprouvant au niveau physique et mental en sachant que chaque match demande de l’intensité et de la lucidité. 

Arsène Wenger a tenu sa promesse qu’il a évoqué en 2002, c’est-à-dire de réaliser une saison invaincue, en mobilisant ses troupes tout au long de la saison. Élu coach de la saison sans aucune objection et Thierry Henry meilleur marqueur du championnat et meilleur joueur, Arsenal a su trouver les mots et les actes pour accomplir cette prophétie. 

Bien que la série d’invincibilité s’est interrompue au bout de 49 matchs, aucune équipe n’a réédité l’exploit d’une saison invaincue que ce soit le Chelsea de Mourinho, le Manchester City de Josep Guardiola ou le Liverpool de Jurgen Klopp. 

Ce n’est que 22 ans plus tard qu’Arsenal retrouve les chemins de la victoire en remportant le championnat sous la direction de Mikel Arteta en s’appuyant sur une défense solide et un milieu compact, la question est : est-ce que les Gunners peuvent réaliser le même exploit dans le futur et réaliser une dynastie sous la houlette d’Arteta et graver leurs noms aux côtés des éternels champions invaincus ? 

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